[213] Marquis d’Argenson: Mémoires, t. III, p. 235, novembre 1740.—Les Petites Maisons, de M. G. Capon (1902) ne mentionnent pas ce domicile de Richelieu que nous avons vainement cherché à identifier.
Assurément, ce fanfaron du vice eût été ravi que le roi lui dût sa première maîtresse, mais il n’eut pas ce triste honneur. Le valet de chambre Bachelier—un personnage—fut l’initiateur. Louis XV, rebuté par la reine, voulait, à tout prix, avoir une femme, dit assez brutalement d’Argenson; mais il était d’une extrême timidité. Vers la fin de 1736, Bachelier négocia une transaction, qui fut d’ailleurs laborieuse, avec Mme de Mailly, l’aînée des cinq filles du marquis de Nesle[214]; et le cardinal Fleury s’y résigna sans trop de répugnance[215]. De son côté, Mlle de Charolais, l’ancienne maîtresse de Richelieu, avait prêté l’appui de son inépuisable complaisance à cette œuvre malsaine, dont elle avait déjà favorisé le développement par son propre exemple.
[214] Marquis d’Argenson, Mémoires, t. I, p. 220.
[215] D’après les Mémoires de la Duchesse de Brancas (édition L. Lacour), Richelieu disait que le Cardinal «avait très bien fait de mettre la Mailly dans le lit du roi». Mais, s’il faut en croire un manuscrit, inédit, de la Marquise de la Ferté-Imbault (P. de Ségur: le Royaume de la rue Saint-Honoré, 1896, p. 409) ce furent Chicoyneau, le premier médecin de Louis XV et La Peyronie, premier chirurgien, qui se concertèrent, à l’insu du Cardinal Fleury, pour donner une maîtresse au roi, menacé de jaunisse, du fait même de sa continence.
Ce n’est pas que l’opération eût autrement choqué la Cour. Beaucoup de gens de qualité, qui eussent rougi de faire un tel métier, estimaient cependant très licite la liaison d’une femme titrée avec le roi. C’était encore le fait du prince, doctrine d’ordre essentiellement arbitraire, qu’il appartint à Richelieu d’exploiter avec une si triomphante effronterie. Car, non seulement il n’éprouva aucune gêne à prendre pour modèles les premiers valets de chambre de Louis XV; mais ce rôle de Mercure royal lui donna comme l’impression d’une charge nouvelle et les services qu’il rendait ainsi au maître lui semblèrent comme autant d’étapes qui le rapprochaient du pouvoir: «En secondant les plaisirs du roi, dit un de ses panégyristes, il ne parut jamais s’avilir.»
Ses Mémoires authentiques s’abstiennent, il est vrai, d’aborder la question.
CHAPITRE XIV
Richelieu devient le grand favori du roi. — Ses impressions sur la mentalité de Louis XV. — Les demoiselles de Nesle. — Richelieu intrigue pour la Marquise de la Tournelle. — Ses intelligences avec Mme de Tencin, pendant qu’il est à l’armée de Flandre. — Loin de Versailles, il travaille à la «quitterie» de Mme de Mailly. — Il reparaît à la Cour. — Le précepteur du roi et le professeur «di piazza». — Fin d’une longue résistance. — La «dormeuse» de M. de Richelieu.
Richelieu était maréchal de camp depuis 1738, quand éclata, en 1741, la Guerre de la succession d’Autriche[216]. Il devait servir, sous les ordres du Maréchal de Noailles, à l’armée de Flandre, pendant la campagne de 1742.