[235] Mémoires de d’Argenson, t. IV, p. 42.
[236] Ibid., p. 45.
[237] Ibid., p. 42.
En attendant, Louis XV se montrait toujours aussi indécis. Ce n’était pas que le duc ne fît le nécessaire pour le stimuler. Il se vantait à «sa tante» (la duchesse de Brancas) de «donner des leçons» au roi; et «les miennes, ajoutait-il, valent mieux que celles du Cardinal, n’est-ce pas[238]»? Il sembla cependant que, pendant plus d’un mois, l’écolier voulût répondre aux efforts du maître et même les prévenir. Ce furent, de son fait, de fréquentes expéditions, la nuit, par les corridors du palais, jusqu’à la porte de l’appartement de la marquise, Louis XV travesti en médecin, Richelieu armé d’une lanterne sourde et menaçant de son épée Maurepas qui s’était avisé d’espionner les noctambules. La duchesse de Brancas les représente encore masqués, affublés de grandes perruques, enveloppés de manteaux noirs, et s’en allant ainsi «gratter» à la porte de Mme de la Tournelle[239].
[238] Mémoires de la duchesse de Brancas, p. 65: «Il faut lui plaire, prescrivait-il au roi, et commencer par lui dire que vous en êtes épris.»
[239] Mémoires de la duchesse de Brancas, p. 75.—Les Mémoires authentiques du Maréchal de Richelieu signalent pareillement cette mascarade, mais l’attribuent à l’imagination inquiète du roi, qui n’en prévint son compagnon qu’au dernier moment; et la meilleure preuve qu’elle était de l’invention de Louis XV, c’est que le Journal de Luynes (t. IV, p. 268) en parle, dès le 5 novembre 1742; or, à cette date, Richelieu n’était pas encore revenu de l’armée. Quant à l’épisode de Maurepas, il est sorti tout entier du cerveau de Soulavie.
Mais, presque toujours, la marquise faisait la sourde oreille; et le «professeur di piazza», déjà fort empêché dans son vilain métier d’entraîneur du roi, reprochait à son autre élève de le lui rendre plus difficile encore, en exaspérant à plaisir et sans résultat les sens violemment surexcités de Louis XV.
Après avoir tenté de justifier sa téméraire manœuvre, Mme de la Tournelle finit par se rendre aux arguments décisifs du professeur; et, le 9 décembre, une tabatière, dont le roi ne se séparait pas, qui «se trouva sous le chevet de Mme de la Tournelle», et que celle-ci «montra, le matin, à M. de Choiseul-Meuse», fut, pour cet ami de Richelieu, l’indice révélateur d’une défaite depuis si longtemps attendue. Le grave duc de Luynes ne pouvait la mentionner de façon plus décente dans son Journal[240].
[240] Journal de Luynes, 12 décembre 1742, t. IV, p. 296.
Mais Mme de la Tournelle devait bientôt se ressaisir et tenir de nouveau rigueur au roi, en raison de... réalisations qui lui paraissaient beaucoup trop lointaines.