On ne saurait imaginer quelle astuce et quelle rouerie met en œuvre cette politicienne pour faire tomber les ministres qui lui barrent le chemin. M. Pierre Masson en cite un exemple topique:

«Il s’agit de faire comprendre au roi et à sa maîtresse qu’Amelot est incapable, Maurepas vendu à l’Angleterre et que les Cours étrangères les méprisent tous deux. On fera saisir au Cabinet noir, pour qu’elle soit montrée au roi, une lettre qu’on aura fait écrire à Wernek, envoyé du prince des Deux-Ponts, par une main inconnue et où il y aura des phrases allemandes. Il faudrait, continue Mme de Tencin, l’écrire sur du papier de Francfort et la faire mettre à la poste de Francfort. Voici à peu près comme j’imagine qu’il faudrait l’écrire:

..... «On croirait à voir, comme on se gouverne en France, que les ministres agissent par l’impulsion de la reine de Hongrie (l’impératrice Marie-Thérèse). On dit tout haut ici qu’Amelot n’entend rien à sa mission et qu’un autre ministre reçoit de belles et bonnes guinées d’Angleterre pour laisser les Anglais en repos[245]...»

[245] Pierre Masson: Mme de Tencin, 1909, p. 106.

En cette année 1743, Richelieu «est plus favori que jamais; on le regarde comme l’auteur de tout,... se frayant un chemin au premier ministère...[246]». Il n’en domine que mieux Mme de la Tournelle. Et cette autorité lui est nécessaire, s’il veut mener à bonne fin son œuvre. En effet, sa protégée, depuis longtemps éprise du beau duc d’Agénois, lutte pour ne pas sacrifier son amour à la jalousie du roi. Mais Richelieu a compris le danger; et nous avons dit ailleurs, par quelles subtiles et romanesques manœuvres, il détermina une rupture qui ne fut jamais sans arrière-pensée[247].

[246] Marquis d’Argenson: Mémoires, t. IV, p. 101.

[247] La Duchesse d’Aiguillon (Émile-Paul, 1912), p. 17.

En revanche, le maître courtisan insistait auprès du roi, pour qu’il tînt des engagements pris au plus fort de la passion. Lui, Richelieu, en avait fatigué alors les échos de Versailles et de Choisy. Il disait, en propres termes, «qu’il voulait que celui qui entrerait dans l’antichambre de Mme de la Tournelle eût plus de considération que celui qui, auparavant, était tête-à-tête avec Mme de Mailly[248]

[248] Journal du duc de Luynes, t. IV, p. 469, avril 1743.

D’abord était-il juste que la condition de la favorite fût inférieure à celle de sa sœur Montcavrel, duchesse de Lauraguais depuis le mois de décembre 1742?