Il était temps d'ailleurs, car, d'après les prévisions, il restait à peine assez de vivres pour terminer l'exploration.
Leur rareté obligeait à la plus grande prudence. Et le grand fleuve coulait toujours verdâtre, entre les hautes tiges noires des arbres serrés, enlacés par les ronces et les lianes.
Pas plus qu'avant, il ne fallait compter sur la chasse ou sur la pêche.
L'approche du point terminus relevait cependant les courages et l'on avançait en chantant.
D'après l'estimation du capitaine Baratier, on était encore à trois jours de navigation de l'embouchure de la Méré. Depuis un mois on avait quitté Baguessé.
Une erreur faillit tout perdre. A l'endroit où la flottille était arrivée, le fleuve se partageait en deux bras.
Le bras gauche du cours d'eau semblait plus profond, plus navigable que l'autre, encombré de longues herbes flottantes et de joncs.
Les trois pirogues s'y engagèrent donc à toute vitesse.
Soudain, presque simultanément, les embarcations, lancées à une allure rapide, s'envasèrent sur un banc.
A force de pagaies, poussant énergiquement avec les gaffes, les équipages tentèrent de revenir en arrière.