S'il réussissait à atteindre Fachoda, le chemin serait jalonné de postes, sur lesquels ses successeurs s'appuieraient.
S'il mourait à la peine, l'expédition du moins n'aurait pas été inutile, puisque ceux qui se dévoueraient à la même œuvre trouveraient une part de la tâche faite et bien faite.
C'est dans ces termes, dont l'héroïsme consciencieux n'a pas besoin de commentaires, que le chef de la mission avait annoncé aux capitaines Mangin et Germain, demeurés auprès de lui, son intention d'élever un fortin à Baguessé.
On s'était aussitôt mis à l'ouvrage.
Heureusement les matériaux de construction ne manquaient pas.
L'impénétrable forêt, qui couvre le plateau central, poussait ses arbres géants jusque sur les berges du M'Bomou.
C'était le désert de verdure, et aussi le mur, car les lianes, les vanilliers sauvages, les credytons aux fleurs rouges en forme de calice, les bahamiés, sorte de lierre dont les rameaux s'étendent parfois sur plus de cent mètres de longueur, confondaient leurs feuillages avec ceux des baobabs, des gommiers, des ébéniers, des arbres à beurre, désignés par les naturels sous le nom «d'arbre de la vache».
C'était une orgie de frondaisons, un débordement de vie végétative, un enchevêtrement stupéfiant de tiges, de branches, de filaments, de racines sorties de terre, que la poignée d'hommes perdus au milieu de cette exubérante flore africaine, devaient vaincre à force de labeur et de volonté.
Après une reconnaissance rapide, l'emplacement choisi pour l'érection du poste fut le sommet d'un monticule, dont la crête dominait d'une trentaine de mètres le terrain environnant.
La position était bonne.