Cependant le dessert se prolongeait, et madame commençait à s’impatienter des mots à double sens que monsieur lui adressait, lorsque les coups de fusil et le charivari qui partaient de la cour annoncèrent l’entrée des villageois. Un paysan maladroit a tiré dans les carreaux d’une fenêtre de la salle à manger: les vitres se brisent; Adolphine, effrayée, va se réfugier dans le sein de sa mère; César aboie, et M. le comte est enchanté.
—C’est bien... c’est très-bien! dit-il, à la bonne heure... on s’aperçoit que je suis arrivé... c’est très-joli ce qu’ils jouent là... Mais que chantent ces paysans, Champagne?
—C’est le chœur qu’ils vous chantent toujours, monsieur le comte.
—Est-ce que tu ne pourrais pas leur en apprendre un autre?
—A la première fête qu’ils vous offriront, monsieur le comte, je leur ferai chanter de l’italien.
—Bah!... tu crois qu’ils y parviendront?
—Oh! très-facilement; je ne leur ferai pas dire les paroles, c’est le violon qui jouera le chant, et ils ne feront que battre la mesure avec leurs pieds et leurs mains.
—Tu as raison: de cette manière l’accent ne les gênera pas du tout. Allons, madame, il faut nous rendre au désir de ces paysans... il faut par notre présence achever de les rendre heureux.
Madame accepte la main de monsieur et donne l’autre à sa fille; ils descendent dans la cour, où la présence de la belle Caroline cause en effet le plus vif plaisir. Les paysans s’empressent de lui offrir des bouquets qu’elle reçoit de la manière la plus gracieuse, trouvant toujours le moyen de dire à chacun quelque chose d’agréable.
Pendant ce temps, M. de Francornard va lorgner les villageoises, donnant une petite tape à celles qui lui semblent gentilles; pinçant d’un air de protection un bras, un genou, et quelquefois autre chose, et disant: