Dans un péril si imminent, il faut employer les grands moyens: Champagne, pour sauver la maison Francornard de sa ruine, prend son maître dans ses bras et, courant avec lui vers la pièce d’eau, le jette dans le milieu du bassin.

M. le comte disparaît un moment; mais bientôt il remonte sur l’eau et fait la planche, criant comme s’il brûlait encore, car il craint l’eau presque autant que le feu. Champagne va prendre une perche qu’il aperçoit à quelques pas du bassin, puis revient vers le nageur auquel il crie:

—Êtes-vous entièrement éteint?

—Eh! oui, coquin... Repêche-moi bien vite, ou je me noie...

Champagne, avec sa perche, attrape son maître par la ceinture et le ramène doucement vers le bord; mais ce passage subit du feu à l’eau et les souffrances que M. le comte paraît éprouver ne lui permettent point de se soutenir: on l’emporte dans son appartement, et, au lieu de songer à avoir un héritier, il passe la nuit à se faire appliquer des cataplasmes.

CHAPITRE XVIII
JE NE SUIS PLUS UN ENFANT.

Le lendemain de cette fête, qui a eu des suites si singulières, M. de Francornard, qui se plaint beaucoup, veut retourner à Paris; madame juge convenable d’accompagner son époux pour lui prodiguer ses soins: elle le fuit lorsqu’il lui parle d’amour; mais souffrant, il est certain de la trouver près de lui.

Nous partons tous; je souffre aussi, et mes mains portent des marques de mes brûlures. Mais je trouve du charme à mes douleurs lorsque je pense que j’ai sauvé Adolphine, que j’ai garanti sa jolie figure des atteintes du feu.

Cette fois nous ne voyageons plus de la même manière: madame est avec sa fille dans la voiture de son mari, je suis dans la sienne avec Lucile et M. Champagne, qui me regarde de travers, surtout lorsqu’il voit la jeune femme de chambre me prendre les mains en disant:

—Ce pauvre André! cela doit lui faire bien mal... Sans lui, mademoiselle avait la figure brûlée!... Vous avez fait de belles choses, monsieur Champagne, avec votre feu d’artifice!...