—André, me dit-il, je suis charmé que tu veuilles bien être mon compagnon de voyage; mais j’avoue que ton vif désir de quitter Paris m’étonne un peu... Mon ami, ne serais-tu plus aussi heureux à l’hôtel du comte?... Et si cela était, pourquoi ne m’avoir pas confié tes chagrins?—Je n’ai point de chagrins, monsieur, et madame la comtesse est toujours aussi bonne pour moi.—Je sais que Caroline t’aime tendrement. Cependant, André, depuis longtemps tu n’es plus le même... Je l’ai remarqué et ne t’ai point fait de questions... J’attendais que tu vinsses de toi-même confier tes peines à ton meilleur ami.—Ah! monsieur, si j’avais des secrets, quel autre que vous aurait ma confiance?... vous, à qui je dois tout?... vous qui daignez me traiter comme votre fils... qui m’avez enseigné cet art divin qui reproduit sur la toile les objets qui ont charmé notre vue; qui m’avez fait sentir tout le prix de l’éducation, et avez à la fois éclairé mon esprit et formé mon jugement? Mais je n’ai nulle peine secrète, monsieur, je n’ai rien, je vous l’assure.
Le ton dont je dis cela ne persuade sans doute pas M. Dermilly, car il continue de me regarder attentivement.
—M. le comte ne t’a point fait de nouvelles scènes?
—Non, monsieur.
—Tu es toujours dans les bonnes grâces de Lucile?
—Oui, monsieur...
Je ne puis m’empêcher de sourire légèrement en disant cela, et je crois m’apercevoir que M. Dermilly sourit aussi. Il reprend au bout d’un moment:
—Manette t’aime toujours autant?...
—Toujours, monsieur... Oh! elle ne peut pas cesser de m’aimer.
En disant ces mots je lève les yeux sur M. Dermilly, qui me considère avec attention.