Ma bienfaitrice approuve ce projet.—Ce voyage ne peut que t’être utile, me dit-elle; il complétera ton éducation; mon cher André, avec monsieur Dermilly, tu jugeras mieux les pays que tu visiteras; tu acquerras de nouvelles connaissances, et, à ton retour, je m’occuperai d’assurer ton sort.
Je n’entends pas ce que me dit madame la comtesse. J’ai les yeux tournés du côté d’Adolphine; en apprenant que j’allais partir, il m’a semble la voir pâlir: mon absence lui causerait-elle en effet quelque peine? Ah! je m’éloignerais moins malheureux, si j’espérais ne pas être oublié!
Elle se lève, elle vient vers nous.—Comment! André, vous allez nous quitter? me dit-elle avec cet accent qui pénètre jusqu’à mon cœur. Puis l’aimable enfant jette ses bras autour du cou de sa mère en ajoutant:—Maman, pourquoi laisses-tu partir André?... qu’a-t-il besoin de voyager?... est-ce qu’il n’est pas mieux auprès de nous?...
Sa mère sourit et l’embrasse en lui disant:—Ma bonne amie, André reviendra. D’ailleurs, il faut bien nous accoutumer à son absence; songe qu’il ne restera pas toujours auprès de nous; André devient grand et il faudra... Mais nous parlerons de cela à son retour.
Adolphine me regarde tristement, je baisse les yeux en soupirant; je ne puis lui dire que tout mon bonheur serait de vivre auprès d’elle!... Il y a dans la vie tant de choses que l’on pense et que l’on ne dit pas!...
Mais on ouvre la porte avec fracas: c’est le jeune marquis, qui entre en riant et se jette dans un fauteuil en disant que son oncle est furieux, parce qu’en voulant apprendre à fumer à César, il vient de lui casser une dent.
L’arrivée du jeune Thérigny a changé notre situation; madame la comtesse a la bonté de l’écouter; Adolphine va à son piano, et moi je m’éloigne, car l’accident arrivé à César ne doit plus permettre que l’on s’occupe du départ du Savoyard.
Il n’y a plus qu’une personne à laquelle je n’ai pas encore appris mon prochain départ; mais j’attends le soir, parce que la petite femme de chambre vient ordinairement me voir lorsque sa maîtresse n’a plus besoin de ses services.
En effet, je reconnais bientôt la marche vive et légère de Lucile, qui vient s’informer si je suis encore mélancolique comme la veille.
Je ne sais trop comment lui apprendre mon voyage: elle est si emportée dans son amour que je crains aussi de l’affliger.... Cependant, il faut parler, elle-même m’en prie.