—Non, Lucile, oh! non, je vous assure que cela ne me tourmente pas du tout.

—A la bonne heure... Comme il est grandi encore depuis neuf mois!... Oh! vous êtes un homme à présent. Eh bien! vous ne m’embrassez pas!... Il faut que je vous le dise. Comment les voyages ne vous ont pas formé plus que cela?

—Donnez-moi des nouvelles de madame... de mademoiselle.

—Vous ne les avez donc pas encore vues?

—Non, j’arrive à l’instant.

—Elles doivent être seules maintenant, car madame avait la migraine ce matin et n’aura reçu personne.

—Elles sont seules? ah! je cours...

—Eh bien! monsieur André, vous ne m’avez pas embrassée... J’espère que vous allez revenir.

Je n’écoute plus Lucile, je suis déjà devant l’appartement de madame la comtesse. Comme mon cœur bat!... Je vais voir celle que j’adore... et l’absence, bien loin d’affaiblir mon amour, n’a fait que l’accroître encore.

Je traverse les pièces qui précèdent le salon de madame; je respire à peine... Enfin, me voici tout près d’elle, une seule porte nous sépare encore... Insensé! au lieu de nourrir cette passion qui doit faire le malheur de ma vie, ne ferais-je pas mieux de fuir celle qui en est l’objet? Mais je ne le puis... Je tiens le bouton de la porte. J’ouvre doucement... je l’aperçois... assise près d’une table et lisant.