Elle ne m’a pas entendu... Elle continue de lire... elle est seule. Une glace placée en face d’elle réfléchit ses traits. Je puis la contempler à mon aise... Oui, elle est plus belle encore... L’adolescence amène d’autres sentiments, et les traits en reçoivent une autre expression. Je voudrais lire sur son front... Je cherche en elle un peu d’amour, pour moi. Elle a seize ans maintenant... Ah que ne sommes-nous encore à ce moment où je la portais dans mes bras... où ses petites mains jouaient avec les boucles de mes cheveux!

En la regardant je me suis insensiblement approché... Enfin, je suis tout près d’elle, et, sans y penser, sans en avoir eu le dessein, je prends une de ses mains et je la porte sur mon cœur.

Adolphine fait d’abord un mouvement d’effroi, mais elle me reconnaît et le plaisir brille dans ses yeux.

—C’est vous, André, me dit-elle, c’est vous! ah! que je suis contente de vous revoir!... Vous ne voyagerez plus, n’est-ce pas, André? vous resterez maintenant avec nous?...

Fille charmante!... et elle ne retire pas sa main que je presse sur mon cœur! Je suis si heureux, si troublé, que je ne sais plus ce que je dis, et il me semble qu’elle partage mon bonheur.

—Vous ne m’avez donc pas oublié, mademoiselle?

—Vous oublier, André! vous, l’ami de mon enfance, vous qui m’avez sauvé la vie!... C’est mal de penser cela...

—Ah! mademoiselle, que ne puis-je vous consacrer toute mon existence! Si vous saviez combien, loin de vous, le temps m’a paru long!... Je n’avais qu’un désir, celui de revenir... de vous revoir...

Je ne suis plus maître de mon secret... il va m’échapper... je ne vois plus la distance qui nous sépare, je ne vois qu’Adolphine, lorsque des pas se font entendre: je n’ai que le temps de quitter sa main, de m’éloigner d’elle... le marquis entre dans le salon.

En m’apercevant il fait une légère grimace, mais il s’approche de sa cousine, il s’assied contre elle... et la regarde avec une familiarité! il lui prend lestement la main... ah! il ne connaît pas le prix de ce trésor!