—Ma chère petite cousine, on m’a dit que la maman était indisposée, et moi aussi j’ai une espèce de migraine; je viens rire avec vous pour tâcher de la guérir.
En achevant ces mots, le marquis se retourne et semble étonné de me voir encore. Il me jette un regard insolent en s’écriant:—Que faites-vous là?... sortez donc, vous voyez bien qu’on n’a pas besoin de vos services...
Je reste immobile, mes yeux se fixent sur le marquis, mais je tâche de contenir mon agitation.
Ne me voyant point bouger, le marquis reprend au bout d’un moment:—Eh bien! est-ce que vous ne m’avez pas entendu?... je vous dis de sortir.
—Je vous ai fort bien entendu, monsieur; mais je ne pensais pas que ce fût à moi que vous parliez ainsi.
—Et à qui donc, s’il vous plaît?... faut-il se gêner pour renvoyer monsieur André le Savoyard!...
—Oui, monsieur, je suis Savoyard, et je m’en fais honneur; les habitants de mon village sont honnêtes, fidèles, reconnaissants... je tâcherai de conserver toute ma vie ces vertus héréditaires; c’est mon seul patrimoine, mais je ne les changerais pas contre l’or et les titres de beaucoup de gens.
—Ah! ah! phrase superbe... mon cher; vous avez retenu cela d’un mélodrame de l’Ambigu ou de la Gaîté, n’est-ce pas? Mais c’est assez; je vous dis de sortir, obéissez!
—Ce n’est pas à vous, monsieur, à me donner des ordres...
—Insolent!... je vous mettrai bien à la raison...