—Avec celle que j’aime, madame! dis-je vivement tandis qu’Adolphine prête une oreille attentive en me regardant à la dérobée.
—Oui, André, je connais vos sentiments... Croyez-vous que depuis longtemps je ne les aie pas devinés?...
Je rougis, je baisse les yeux. Madame la comtesse continue:
—Mais je sens que vous êtes trop jeune pour vous marier maintenant... Au reste, dès que vous voudrez épouser Manette, songez, André, que la dot est prête, et que j’exige que vous acceptiez cette faible marque de mon amitié: c’est bien peu auprès de ce que votre père fit jadis pour moi.
Manette! elle croit que j’aime Manette!... Adolphine pourrait le penser aussi! je veux la détromper: ses regards sont attachés sur son dessin... mais sa main est immobile... elle cache son visage pour dérober son émotion à sa mère.
Madame, je suis reconnaissant de vos bienfaits, dis-je avec feu; mais je ne puis les accepter... Vous vous êtes trompée sur mes sentiments... Je ne serai jamais l’époux de Manette... Je l’aime comme une sœur; mais je ne ressens point d’amour pour elle...
—Vous n’aimez pas Manette! s’écrie avec surprise ma bienfaitrice; je ne lui réponds plus; je ne vois qu’Adolphine, qui paraît respirer plus librement, et vient de me jeter un si doux regard qu’il me semble que je n’ai plus rien à envier aux rois de la terre.
Je la regarde toujours, et, quoiqu’elle ait baissé la tête, je vois encore sur ses lèvres les traces du sourire que ma réponse a fait naître.
Nous restons quelques minutes dans cette situation; je ne m’aperçois pas que la mère d’Adolphine promène alternativement ses regards sur moi et sur sa fille; mais, en revenant de mon ivresse, je vois sur le front de ma bienfaitrice une expression de sévérité qu’elle n’a jamais eue avec moi, et je baisse les yeux en rougissant, tremblant qu’elle n’ait lu dans mon cœur.
—Il suffit, André, dit enfin la comtesse, je suis fâchée de m’être trompée... Je croyais Manette destinée à être un jour votre femme... et je suis persuadée qu’elle aurait fait votre bonheur... Mais peut-être changerez-vous de sentiments, et...