Je ne sais plus où j’en suis... Je n’ai aucun espoir d’empêcher ce mariage, et cependant il me semble que si j’étais à Paris, que si Adolphine me voyait, elle ne pourrait consentir à cet hymen. Je cours trouver ma mère, et je lui annonce mon départ pour Paris.

—Quoi! mon garçon, tu vas partir?... tu n’y pensais pas ce matin.—Des nouvelles que j’ai reçues me forcent à ne plus différer.—Ah! mon Dieu! est-ce que ces nouvelles-là t’apprennent queuque malheur?... tu as la figure toute bouleversée, mon cher André...—Non, ma mère, non, ce n’est rien... mais il faut que je parte dès demain...—Dès demain?... —Pierre, va au bourg où nous avons laissé notre voiture, demande des chevaux pour demain matin.—Oui, mon frère, j’y cours.—Pierre, si tu veux rester près de ma mère, rien ne t’oblige à revenir à Paris.—Oh! mon frère, je ne serai pas fâché d’y retourner avec toi. On voyage si bien en chaise de poste!—Oui, oui, va avec André, dit ma mère, ne le quitte pas, mon garçon... dans le trouble ou il est, je suis bien aise que tu sois avec lui.

Pierre est parti. Je fais mes apprêts pour le voyage; ma bonne mère me regarde souvent, elle cherche à lire dans mon âme.

—André, me dit-elle enfin, t’as du chagrin, mon garçon, t’as queuque peine, que tu ne veux pas m’avouer...

Je ne puis répondre, mais je prends la main de ma mère, et je la presse sur mon cœur. Mon silence est presque un aveu.

—Avec des talents, de la fortune, tu n’es pas heureux!... reprend ma mère. Ah!... mon cher André, je voudrais encore habiter not’chaumière et te voir, vêtu en Savoyard, revenir aussi gai qu’autrefois, manger la soupe en riant avec nous! Hélas!... tu repars pour Paris!... Si tes chagrins ne se passent point, reviens auprès de moi, mon fils, je tâcherai de te consoler, ou je pleurerai avec toi.

Je rassure ma mère, je cherche à dissiper ses inquiétudes... Mais je ne puis cacher mon impatience d’être à Paris. Enfin, le moment du départ est arrivé, nous embrassons notre mère, je recommande au vieux François la petite propriété; bientôt nous avons rejoint notre voiture, et nous quittons de nouveau la Savoie.

CHAPITRE XXV
ENTREVUE.—DUEL.—PLUS D’ESPOIR.

Nous faisons la route en brûlant le pavé, je paye les postillons en conséquence. Pierre fait ce qu’il peut pour me distraire, mais je le laisse parler seul; je ne rêve qu’Adolphine et le marquis... Je brûle d’être à Paris, et pourtant qu’y ferai-je?... Je ne sais... je suis hors d’état de raisonner.

Enfin, nous sommes arrives. Il est près de dix heures du soir; n’importe, je veux parler à Lucile: je laisse Pierre chez moi, le pauvre garçon est encore tout étourdi de la vitesse dont nous sommes venus; je me rends à l’hôtel.