Aux cris de M. le comte, son neveu entre d’un côté, et de l’autre madame la comtesse paraît suivie de Lucile.

—Qu’avez-vous donc, monsieur? demande ma bienfaitrice, pourquoi ce tapage?... André ici!... ma fille tremblante! que s’est-il donc passé?—Ce qui s’est passé... par Dieu! madame, je crois qu’il était temps que j’arrivasse!... Je vous fais compliment de votre André... c’est un joli garçon!... Je viens de le trouver aux genoux de votre fille.

—Aux genoux de ma fille!... grand Dieu!... serait-il vrai, André?... Je baisse la tête... je suis confondu.—Ce drôle aux genoux de ma cousine! s’écrie le marquis. Ah! ceci est trop fort! et c’est à moi de châtier ce misérable!

En disant ces mots, il court vers son oncle; lui prend sa canne, puis revient vers moi et se dispose à me frapper; mais la voix du marquis m’a rendu à moi-même... Pendant que madame la comtesse crie:—Arrêtez! aussi prompt que l’éclair, je lui arrache la canne des mains, et, la brisant en plusieurs morceaux sur mon genou, je la jette avec violence à ses pieds.

Le marquis frémit de colère. Adolphine lève vers moi ses bras suppliants; le comte est couché dans son fauteuil: de rouge qu’il était, son visage est devenu violet. Lucile me fait signe de fuir; la comtesse se place entre moi et Thérigny.

—Sortez, monsieur! me dit ma bienfaitrice d’un ton qui me perce l’âme, et ne reparaissez plus dans cette maison... Je n’aurais jamais pensé que vous y apporteriez le trouble et la discorde!

Je suis atterré, je vais partir sans oser lever les yeux, lorsque le marquis me saisit le bras en me disant:—Je vous retrouverai, je l’espère.—Quand vous voudrez, monsieur; mais veuillez vous rappeler que je suis homme comme vous.

C’en est fait, je quitte l’hôtel, et c’est pour n’y jamais rentrer. Madame la comtesse m’a banni de sa présence, je sens que j’ai mérité sa colère!... mais Adolphine m’a dit qu’elle m’aimait! et ce souvenir efface tous les autres.

Cette scène m’a tellement troublé, que je parcours les rues pendant longtemps sans savoir où je vais, sans avoir aucun but; enfin, je ne sais comment je me retrouve devant ma demeure. Le portier me remet un billet que l’on vient, me dit-il, d’apporter à l’instant; je brise le cachet et lis ces mots:

«Quoique vous ne soyez qu’un malheureux dont mon mépris devrait faire justice, je veux bien descendre jusqu’à vous pour laver l’insulte que vous avez faite à ma cousine. Je vous attends ce soir à six heures avec des pistolets à l’entrée du bois de Vincennes; mon jockey seul m’accompagnera.