Ces messieurs, étourdis par cette brusque attaque, commencent par crier; mais François, sautant sur Rossignol, qu’il saisit au collet, ne leur laisse pas le temps de se sauver.

—Je te tiens, enfin, voleur, drôle! dit le cocher en secouant avec force Rossignol, qui a changé de couleur en reconnaissant François.—Mon carrick... coquin, mon carrick... qu’en as-tu fait?...—Lâche-moi, François, lâche donc, tu m’étrangles...—Non pas! je te tiens, il me faut mon carrick, et le payement du déjeuner... et un dédommagement pour le temps que j’ai passé à la préfecture et le rhume que j’ai attrapé...—Je te payerai tout ce que tu voudras, mais lâche un peu.

—Vous vous trompez, cocher, dit Pierre qui ne comprend rien à ce qu’il entend, nous n’avons rien à vous... vous êtes gris...—Je suis gris!... non pas, mon petit homme... c’est vot’ camarade qui est un voleur!... mais je vais commencer par lui donner une gratification.

Et François applique deux ou trois coups de poing sur la frisure du beau modèle; Pierre, en voulant défendre son ami, reçoit aussi quelques preuves du ressentiment de François; et la foule qui s’amasse autour du fiacre arrêté les laisse se battre, parce qu’il est beaucoup plus agréable de voir des hommes se donner des coups que de chercher à les séparer.

Enfin, Rossignol, tout en se défendant d’une main, est parvenu à glisser l’autre dans son gousset, il en tire trois pièces de cent sous qu’il met sous le nez de François. Cette vue calme un peu le cocher, il prend l’argent; suspend l’attaque et prononce d’une voix enrouée:—Et mon carrick?

—Tu vas l’avoir, répond Rossignol, conduis-nous; mon ami et moi. Si tu avais eu l’esprit de m’entendre, tu aurais épargné une telle scène à l’amitié.

En disant cela, Rossignol ouvre la portière, il fait monter Pierre, se place à côté de lui, François grimpe sur son siége, et le fiacre s’éloigne, laissant là les badauds qui se demandent mutuellement ce que c’est.

Pierre, qui a reçu des coups de fouet et des coups de poing, ne comprend pas pourquoi ils sont montés dans la voiture du cocher qui les a battus.

—Je t’expliquerai tout ça, dit Rossignol en cherchant à réparer le désordre que François a mis dans sa toilette.

—Mais il dit que tu l’as volé.