Le sixième jour, en tenant devant moi mes dessins, et cherchant quelque autre point de vue que je puisse faire, mes yeux se reportent, comme d’habitude, sur ma compagne: elle ne m’a jamais paru si jolie... Grâce, fraîcheur, doux sourire; Manette est vraiment charmante!... Et dans ce moment où, assise contre un arbre, elle se penche sur son ouvrage... quelle idée!... Je cherchais un site nouveau; mais la nature peut-elle m’offrir rien de mieux que Manette?
Je prends mon crayon, je fais le portrait de ma sœur. Oh! je veux qu’il soit bien ressemblant.
—Regarde-moi donc, lui dis-je quand elle tient trop longtemps ses yeux baissés. Manette m’obéit aussitôt; je mets tous mes soins à cet ouvrage.
—Tu ne me fais pas voir ton dessin? me dit Manette.
—Il n’est pas fini, tu le verras demain.
Le lendemain j’ai terminé le portrait de Manette. Je le trouve bien, très-bien!... elle ne se doute pas de ce que j’ai fait. Quand j’ai donné le dernier coup de crayon, je vais m’asseoir tout près d’elle, et je mets le portrait devant ses yeux.
—Comment le trouves-tu? lui dis-je.
Elle pousse un cri... puis elle me regarde... jamais elle ne m’avait regardé comme cela.
—Tu es donc contente? lui dis-je... Elle n’a pas la force de me répondre... elle pleure... Quel enfantillage!... je crois pourtant que je pleure aussi.
Nous regagnons la chaumière. Après le dîner nous allons nous promener encore... Nous parlons moins; mais nous nous regardons plus souvent. En montant le soir à ma chambre, je dis bonne nuit à Manette, et je l’embrasse. C’est singulier, je l’ai embrassée cent fois, et il m’a semblé que celle-ci était la première.