Le lendemain je réfléchis qu’il était assez inutile d’aller encore nous asseoir sur le monticule. Je m’approche de Manette.

—Ton père doit être inquiet de ton absence? lui dis-je.

—Non, je lui ai écrit.

—Mais il doit s’ennuyer de ne pas te voir... Il n’a jamais été si longtemps séparé de toi... Manette... il faut retourner à Paris...

—Tu sais bien ce que je t’ai dit... je n’irai pas sans toi.

—Eh bien! partons tous les deux.

Manette fait un bond de joie; nos préparatifs sont bientôt faits... Nous quittons la chaumière où Manette est restée huit jours. Moi j’y ai passé six mois, je croyais y rester toute ma vie!... mais à vingt ans devrait-on jamais jurer de rien!

CHAPITRE XXXI
DIFFÉRENTES MANIÈRES D’EMPLOYER SA FORTUNE.

Nous avons pris la voiture de Fontainebleau. Pendant la route, je parle peu... j’éprouve une espèce de honte en songeant qu’il n’a fallu que huit jours à Manette pour changer toutes mes résolutions; mais dois-je lui en vouloir de cela? Oh! non! non! je ne lui en veux pas, et lorsque nos yeux se rencontrent, ce qui maintenant arrive beaucoup plus souvent qu’autrefois, je sens que je n’ai nulle envie de la quitter pour retourner dans ma solitude.

Nous sommes à Paris; il est bien juste que je ramène Manette chez son père. En nous apercevant, le bon Bernard fait une exclamation de plaisir. Je tombe dans ses bras.