Quelque chose me dit que ce n’est pas à me chercher que Pierre passe son temps. Je reste chez mes bons amis jusqu’à la fin du jour; je ne me suis jamais si bien trouvé chez eux. J’ai de la peine à quitter Manette, et en nous disant adieu le soir nos yeux se promettent de se revoir le lendemain.
Je retourne chez moi; je n’ai plus nulle envie de passer devant l’hôtel; je me promets au contraire d’éviter avec soin la rue où il est situé, comme je me suis promis de ne plus parler des personnes qui l’habitaient.
Il est dix heures du soir quand je frappe à mon ancienne demeure. La portière paraît saisie en me voyant: car Rossignol, avec ses poses et quelques cadeaux (qui lui coûtaient peu, les objets venant de chez moi), avait eu le talent de se rendre madame Roch favorable, et celle-ci pense sans doute que mon arrivée va changer les choses.
—Mon frère est-il chez nous? dis-je à la portière.
—Non, monsieur... il est sorti pour vous chercher, avec son ami intime.
—Son ami intime?... Ah! mon frère a un ami intime?
—Oui, monsieur, un bel homme, très-aimable et très-gai... il loge même chez vous, il habite votre chambre...
—Ah! diable!... il faudra cependant que cet ami intime, qui est si bel homme, ait la complaisance d’aller coucher ailleurs...
—Monsieur, ceci sont vos affaires, je n’ai point de conseils à vous donner.
—Sans doute... et à quelle heure rentrent ordinairement ces messieurs?...