—Mais, monsieur, ils n’ont point d’heure fisque, c’est tantôt ceci, tantôt cela... Quelquefois même ils ne reviennent que le lendemain.

—Ah! ah! il me paraît que mon frère emploie aussi la nuit à me chercher, et il faudra que je couche dans la rue, si cela lui arrive aujourd’hui.

—Oh! vous pouvez rentrer chez vous, monsieur, il y a du monde: le jockey de ces messieurs y est.

—Comment, mon frère a pris un jockey?

—Oui, monsieur, un petit bonhomme assez tapageant; je me suis plaint quelquefois du bruit qu’il fait dans la journée, et ces messieurs m’ont promis de le séquestrer davantage.

—Oh! je vous promets aussi que tout cela ne durera pas.

Je prends de la lumière et je monte l’escalier, curieux de connaître cet intime ami avec lequel Pierre a partagé son logement. Le souvenir de Rossignol se présente un moment à mon esprit: mais je ne puis croire que mon frère l’ait fréquenté de nouveau après ce que je lui en ai dit.

Arrivé devant ma porte, je m’aperçois qu’elle est ouverte. La portière avait raison de me dire que je pouvais entrer facilement; il me paraît que mon logement est devenu un lieu public.

J’entre... à chaque pas ma surprise augmente: quel désordre! des chambres qui ont l’air de n’avoir pas été balayées depuis six mois; des meubles qui ne sont plus en place... dans la salle à manger, je vois sur un guéridon les débris du déjeuner; il me paraît qu’on tient table ouverte. Plus loin, des fauteuils couverts de taches... Dans le salon, la glace est brisée... et plus de pendule sur la cheminée... Ah! Pierre!... Pierre!... que signifie tout cela?...

J’entre dans sa chambre... le lit n’est point fait: on ne sait où marcher, pour ne point mettre le pied sur quelque chose; je passe dans la mienne, c’est encore pis: j’ouvre ma commode... les tiroirs sont vides, les armoires aussi; plus de tableaux sur les murs. Je crois que si j’avais tardé encore quelque temps, j’aurais trouvé mon appartement entièrement démeublé.