—C’est vous, monsieur André? que je suis contente de vous rencontrer! il y a si longtemps que je ne vous ai vu... Vous êtes engraissé, je crois... et moi, comment me trouvez-vous?

—Toujours la même...

—Oh! vous dites cela par galanterie; je suis un peu maigrie...—Mais que voulez-vous! les peines des autres me touchent, moi; je suis si sensible, et cela influe sur ma santé...

—Adieu, Lucile, je suis bien aise de vous avoir vue; mais je ne puis m’arrêter davantage.

—Un moment donc!... quand on a été si longtemps sans se voir!... j’ai mille choses à vous dire...

—Oh! je ne dois pas les entendre... Il est des personnes que je veux oublier... présentez mes respects à madame la comtesse, c’est tout ce que je désire...

—Mon Dieu! est-ce qu’il faut se quitter comme cela?... Je pense bien que maintenant vous êtes guéri de votre amour!... et je n’ai pas envie de vous en parler!... C’était une passion d’enfance... tout le monde en a eu comme cela; mais ça se passe en grandissant. Moi, à douze ans, je me rappelle que j’étais très-amoureuse de mon cousin, que j’appelais mon petit mari... Je croyais alors que ça durerait toujours... Ah! ce pauvre garçon, je le trouve affreux à présent.

—Mais, Lucile, on m’attend...

—Eh bien! monsieur André, vous ne pouvez pas me sacrifier un quart d’heure?... à une ancienne amie... qui vous aime toujours autant?... C’est un si grand hasard de vous rencontrer à présent que je demeure à une lieue de vous!

—Comment? ne seriez-vous plus chez madame la comtesse?