—Mon Dieu! c’est donc c’te malheureuse lettre qui est cause de tout cela?...
—Oui, Pierre; plus tard je te la lirai.
—Quel guignon!... pas de noce... Mais, André, est-ce bien décidé?...
—Absolument... va, cours, ne perds pas de temps.
Pierre a l’habitude de m’obéir; et, malgré son chagrin, il sort en portant son mouchoir sur ses yeux. Pendant son absence, je calcule ce que je puis faire. Ah! je ne crains pas d’être blâmé par Manette; son cœur pense comme le mien. Mais madame la comtesse, voudra-t-elle encore accepter?... Elle me refuserait, j’en suis certain, si elle devinait les privations que je m’impose. Je lui cacherai avec soin ma situation; je me dirai riche, bien riche, afin que mes secours lui soient moins pénibles.
Pierre revient; il a les yeux rouges... mon pauvre frère a pleuré.
—Eh bien! le traiteur? lui dis-je.
—Eh ben!... dame... il ne fera rien du tout, mais il a dit que tu étais une girouette, et que ça ne valait rien pour se marier.
Je m’embarrasse fort peu de l’opinion du traiteur. Pour consoler Pierre, je lui lis la lettre de Lucile et je lui dis:
—Cet argent que nous aurions employé à nous divertir servira à calmer quelque temps les inquiétudes de ma bienfaitrice. Et bien! Pierre, me blâmes-tu encore d’avoir décommandé la noce?