Je ne me suis pas retrouvé seul avec Adolphine; et, depuis le jour où nous eûmes ensemble ce court tête-à-tête, elle est redevenue, en ma présence, silencieuse comme auparavant; lorsque j’arrive, elle sourit et paraît contente de me voir; mais ensuite elle retombe dans sa mélancolie.
Il y avait plus longtemps que de coutume que je ne m’étais rendu chez ma bienfaitrice, lorsque je vais leur apprendre le succès de mon dernier tableau.
—Nous nous alarmions de ne pas te voir, me dit madame la comtesse; craignant que tu ne fusses indisposé, je viens d’envoyer Lucile chez toi.
Je remercie la bonne Caroline de l’intérêt si tendre qu’elle me porte; mais je suis en secret fâché que Lucile se soit rendue chez moi; elle ne sait pas que je suis marié, et je crains de sa part quelque indiscrétion. Je tâche de dissimuler mon inquiétude, et je vais prendre congé de ces dames, lorsque Lucile revient et entre vivement dans la pièce où nous sommes.
—Je viens de chez vous, monsieur André! dit-elle en souriant d’un air significatif. Je la regarde, je lui fais des signes pour qu’elle se taise; mais elle n’y fait pas attention et continue de parler.
—Tu n’as trouvé personne? lui dit madame la comtesse.
—Pardonnez-moi, madame; j’ai trouvé quelqu’un... et une personne fort aimable, même!...
—Son frère, sans doute?
—Non, madame; oh! ce n’était pas un monsieur!
Madame la comtesse ne juge pas convenable de pousser plus loin ses questions. Adolphine m’a regardé: sa figure, toujours si pâle, vient de se couvrir d’une vive rougeur!... Je fais de nouveaux signes, mais Lucile continue de bavarder.