—Ah! madame, monsieur André ne nous dit pas tout! Vous ne devineriez jamais... Eh bien! madame, il est marié!...

—Marié?...

—Oui, madame! avec sa chère Manette, que je ne connaissais pas, mais qui est vraiment charmante.

—Est-il vrai, André? me dit ma bienfaitrice. Je réponds à demi-voix:

—Oui, madame...

—Et pourquoi donc nous l’avoir caché?...

Je cherche quelque motif à donner, lorsque mes regards se portent vers Adolphine. Grand Dieu! sa tête est retombée en arrière; une pâleur mortelle couvre son visage... elle est privée de sentiment. J’ai poussé un cri... Madame la comtesse se retourne et s’aperçoit de l’état de sa fille; elle court à elle, la prend dans ses bras, l’appelle à grands cris, tandis que Lucile et moi nous employons tous les moyens pour la faire revenir... Mais c’est en vain; ses yeux sont toujours fermés. Je cours, je vole chercher un médecin; je le ramène avec moi; ma bienfaitrice se désespère devant sa fille mourante... Enfin les soins du docteur la rappellent à la vie; elle rouvre les yeux; elle les porte sur moi, puis sur sa mère; elle veut la rassurer, et prononce d’une voix faible:

—Ce n’est rien... ne vous effrayez pas...

On la porte sur son lit. Elle dit avoir besoin de repos; je m’éloigne avec le docteur; je le questionne sur l’état d’Adolphine... Il ne me rassure pas; il parle de causes morales, d’un grand fonds de chagrin contre lequel échouent les secours de l’art. Hélas! ce chagrin, je crains d’en deviner la source!

J’apprends à ma femme l’état alarmant d’Adolphine; Manette, toujours bonne, s’offre pour aller la veiller, pour lui servir de garde; mais je n’y consens point; je ne crois pas que la présence de Manette soulagerait le mal d’Adolphine.