Je retourne, le soir, chez madame la comtesse.
—Adolphine est calme, me dit Lucile; sa mère est près de son lit, et ne veut plus la quitter un instant.
Je ne juge pas nécessaire de me présenter maintenant. Je retourne chez le médecin; je le prie de voir chaque jour la jeune malade.
—J’irai, me dit-il en secouant la tête, mais il n’y a rien à faire.
Je suis retourné près de Manette; elle montre presque autant d’inquiétude que moi sur l’état de la malade. La nuit est venue... L’image d’Adolphine ne me permet pas de trouver le repos... Mais bientôt j’entends frapper fortement à la porte de la rue. Un secret pressentiment me dit que c’est pour moi. Je me lève, je m’habille à la hâte... hélas!... je ne me suis pas trompé, c’est Lucile qui accourt tout en pleurs.
—Venez! venez! me dit-elle; elle est mal! bien mal! un délire affreux... puis, dans les intervalles, elle demande à vous voir, à vous parler...
J’ai suivi Lucile... nous marchons à la hâte et sans prononcer un mot; enfin nous sommes devant la maison...
—Et le médecin? dis-je.
—Il est là... Il donne aussi des secours à madame la comtesse, que l’état de sa fille réduit au désespoir.
Je pénètre dans l’appartement... elle ne me voit pas, elle est dans un de ses accès de délire... sa mère la tient dans ses bras... Je m’avance, je lui parle... elle prononce mon nom, mais elle ne me reconnaît point. Elle nomme aussi Manette, son époux; elle semble vouloir écarter une image pénible, elle porte la main sur son cœur en s’écriant d’une voix déchirante: