Lorsque je suis seul, je commence par regarder l’un après l’autre chaque meuble de ma chambre; je suis en admiration devant tous. Je trouve, dans les tiroirs d’une commode, du linge et des vêtements à ma taille, je les essaye les uns après les autres;, sur un petit secrétaire est une jolie bourse en soie dans laquelle il y a de l’argent, devant est un papier avec quelque chose d’écrit. Ah! si je savais lire!... Je n’ose toucher à cette bourse... je ne sais si elle est pour moi; qu’ai-je besoin d’argent chez cette dame, qui me donne plus que le nécessaire? Cependant, je sens que, si j’en avais, je pourrais faire des cadeaux à Manette et lui prouver que je ne l’oublie point.

Ma fenêtre donne sur la cour de l’hôtel, j’y regarde quelques instants; je ne vois passer que des valets, des aides de cuisine: cela ne me semble pas aussi gai que chez Bernard. Je connais déjà par cœur tous les meubles de ma chambre, tous les vêtements de ma commode; je ne sais plus que faire, l’ennui me gagne, je voudrais aller chez mes amis, mais je n’ose sortir sans la permission de madame, et je ne sais comment la lui demander.

Je m’assieds tristement; je songe à Manette: voilà l’heure où, de retour de ma journée, nous dansions ensemble en tapant dans nos mains, et chantions en poussant des cris de joie qui s’entendaient du premier étage. Ici, quel silence!... Sans doute on ne danse et on ne chante jamais.

On ouvre une porte... C’est mademoiselle Lucile, qui tient un panier à la main.

—Eh bien! petit André, que faites-vous là?...

—Rien, mademoiselle...

—Il a l’air triste!... Il s’ennuie!... Ce pauvre garçon, il est encore tout surpris de son changement de situation!... Mais on s’habitue à tout. D’abord un hôtel ne paraît pas aussi gai que sa demeure, où sans doute on faisait le diable avec ses camarades?...

—Mais, mademoiselle, je viens de chez M. Dermilly; et je ne faisais pas le diable, puisque j’étais malade.

Au nom de M. Dermilly, je vois la jeune femme de chambre sourire avec malice. Puis elle m’engage à lui raconter mon histoire, car mademoiselle Lucile est un peu curieuse. Je ne demande pas mieux que de causer: elle m’écoute avec attention, ne m’interrompant que pour s’écrier de temps à autre:

—Ce pauvre André!... ce pauvre Pierre!... Venir à pied de si loin!... et se perdre en arrivant!... C’est un brave homme que ce porteur d’eau; et M. le comte qui manque de l’écraser parce qu’il voulait lui rendre le portrait de madame!...