Quand nous marchons ensemble dans des sentiers raboteux, Lucile s’appuie sur moi, et cela me fait plaisir; quand le chemin nous force à nous rapprocher davantage, je sens presque son sein palpiter sous ma main, et cela fait battre mon cœur plus vivement; quand nous nous asseyons et que sa main reste dans la mienne, j’éprouve la plus grande envie de la presser, mais je ne l’ose pas. Heureusement Lucile est plus hardie: ses jolis doigts serrent tendrement les miens, et cela me fait rougir.

Il y a près d’un mois que nous sommes à la campagne, lorsque madame, qui vient de recevoir des lettres de Paris, me fait appeler et m’en présente une à mon adresse.

—Une lettre pour moi!... Qui donc peut m’écrire?...

—C’est peut-être votre mère, me dit ma bienfaitrice.

—Oh! non, madame, elle ne sait pas écrire... ni Bernard non plus...

—Apparemment que c’est de quelque autre! dit mademoiselle Lucile, qui est dans l’appartement et paraît fort curieuse de savoir d’où me vient cette lettre.

Madame me permet de lire... Les caractères sont assez mal tracés, cependant on peut les déchiffrer. Que vois-je? c’est de Manette!... c’est ma sœur qui a appris à écrire afin de pouvoir correspondre avec moi.

J’ai poussé un cri de surprise, de joie, en disant à madame:

—C’est Manette!... c’est ma sœur qui m’écrit... Et je ne remarque point que Lucile fait une moue horrible en murmurant:

—Je m’en doutais bien, moi!