—Je n’ai pas besoin de le lui jurer... Ma sœur sait très bien que je ne changerai pas.
—Voyez-vous cela!... Ce petit rodomont?... La fille d’un porteur d’eau... C’est superbe!...
—Eh! mon Dieu! que suis-je donc, moi, mademoiselle?
—Vous... c’est différent!... avec l’éducation que vous recevez ici, vous pouvez parvenir... Un homme qui a de l’esprit, des talents!... cela va loin.
—Ah! mademoiselle Lucile, ce n’est pas bien de mépriser Manette... Je ne vous aurais pas crue capable de cela.
—Je ne la méprise pas, monsieur... mais je ne puis pas la souffrir...
—Eh! que vous a-t-elle donc fait?
—Oh! rien... mais je vous défends de m’en parler encore... Vous n’avez que votre Manette en tête, et cela m’ennuie...
Lucile me quitte fâchée. Ils croient que je ne songe qu’à Manette! Ah! je le voudrais bien! car le sentiment que j’éprouve pour ma sœur ne m’ôte point ma gaieté, et ne me fait jamais soupirer. Je l’aime tendrement; je donnerais ma vie pour elle... mais c’est ainsi que j’aime mes frères, c’est ainsi que je chéris celle à qui je dois le jour.
La fin de la belle saison approche; et nous nous boudons toujours Lucile et moi, lorsqu’un matin nous entendons un grand bruit dans la première cour. Une voiture arrive au grand galop... c’est M. le comte, accompagné de Champagne, d’un cuisinier et de deux laquais.