Les villageois songent que M. de Francornard est l’époux de leur bienfaitrice; ils quittent leurs travaux, mettent leurs plus beaux habits, et font des bouquets.
Champagne fait prendre aux jeunes gens quelques vieux fusils, que l’on bourre avec du sel; il recommande aux paysans de crier bien fort, de faire beaucoup de bruit.
Pour satisfaire l’orgueil des gens il ne faut souvent que les étourdir. Si l’amour-propre, la vanité permettaient à ceux que l’on encense de chercher à démêler la vérité dans les sentiments qu’on leur témoigne, dans les compliments qu’on leur adresse; s’ils pouvaient approfondir les divers intérêts qui font agir cette foule qui semble les déifier, ils attacheraient bien peu de prix à ses hommages.
M. l’intendant, qui a l’habitude de préparer les réceptions de son maître, a toujours soin d’emporter de Paris quelques paquets de pétards, qu’il distribue aux paysans. Il n’y a point manqué à ce voyage; et afin que M. le comte, qui ne trouve jamais que l’on fait assez de bruit, soit plus satisfait cette fois, Champagne a acheté des soleils et des fusées qui doivent compléter la fête.
Tout est en l’air dans la maison; le cuisinier que monsieur mène à sa suite met tout sens dessus dessous pour offrir à son maître une seconde représentation du plat qui a eu tant de succès la veille au souper, et qui en entretenant les belles dispositions de M. le comte doit nécessairement faire réussir ses projets.
Cependant M. de Francornard, qui comptait ne se reposer qu’un moment dans sa chambre et voulait aller faire la cour à sa femme, s’est endormi profondément et ne se réveille qu’à l’instant du dîner.
Madame est dans le salon avec sa fille au moment où son époux, averti par son fidèle Champagne, apprend que le dîner est servi. Monsieur se hâte de descendre près de madame, à laquelle il offre galamment la main pour la conduire à la salle à manger.
A table, M. le comte examine sa fille, à laquelle depuis longtemps il n’a point fait attention.
Diable, dit-il, mais cette petite grandit prodigieusement!... Elle commence à me ressembler... Quel âge a-t-elle, madame?
—Elle entre dans sa douzième année, monsieur.