—Eh! eh!... cela se forme... Dans trois ou quatre ans, nous marierons cela à quelque grand personnage de mes amis, quelque gaillard de mon genre... Mais auparavant il faut songer à lui donner un petit frère.

—Monsieur, je vous en prie, dit la mère d’Adolphine en se penchant vers l’oreille de son époux, songez que ma fille n’est plus un enfant... Faites-moi grâce de vos plaisanteries.

—Madame, je ne plaisante pas, je parle très-sérieusement. Au reste, vous avez raison: Non est in locus; dînons d’abord; puis, après la fête que j’ai ordonné aux villageois de m’offrir, j’espère que vous m’entendrez beaucoup mieux.

A la campagne, je dîne ordinairement avec madame, mais sachant l’arrivée de M. le comte, je n’ai garde de me présenter à sa table. L’aimable Adolphine s’aperçoit de mon absence; elle dit à sa mère:

—Pourquoi André ne vient-il pas?

—Qu’est-ce que c’est que cela... André! dit M. le comte, n’est-ce pas le petit Savoyard?...

—Oui, monsieur, c’est le fils de l’homme auquel je dois l’existence de ma fille, et qui a sauvé la vôtre; vous semblez toujours l’oublier, monsieur.

—Eh! mon Dieu, madame! c’est une chose qui n’est arrivée qu’une fois, voulez-vous que j’y pense sans cesse? Il me semble que le petit drôle est assez heureux d’être nourri et logé dans mon hôtel... César, attrape ça, mon garçon... Ce pauvre César, comme il saute mal depuis que ce coquin l’a estropié!... Est-ce que ce Savoyard dîne avec vous?

—A la campagne, monsieur, pourquoi cet enfant ne serait-il pas admis à ma table? je vous ai déjà dit qu’il n’était pas auprès de moi comme domestique; et si je lui ai fait donner de l’éducation, je ne pouvais mieux placer mes bienfaits: André par ses manières et son langage semble maintenant né dans les meilleures classes de la société.

—C’est toujours un Savoyard, madame, et je trouve très-ridicule que vous le fassiez dîner à votre table, parce qu’enfin l’étiquette, le décorum... A bas, César, à bas!... vous mettez vos pattes dans mon assiette!