C'était la première fois que madame Durand essayait de parler une autre langue que la sienne, mais sa mémoire l'avait mal servie; la citation, loin de plaire à l'herboriste, sembla augmenter sa mauvaise humeur, et il s'écria: «Madame, je vous prie de ne plus parler latin, vous faites des solécismes.
»—Je ne sais pas ce que je fais, monsieur, mais je le dis devant ma famille et nos amis, c'est votre sévérité qui a fait prendre à mon fils l'étude en aversion.
»—Dites, madame, que c'est votre faiblesse qui l'a gâté, qui a détruit les bonnes qualités qu'il pouvait avoir, qui l'a rendu volontaire et désobéissant.
»—Je me rappelle, monsieur, comment vous vouliez lui faire apprendre votre état, à cet enfant; c'était en lui donnant le fouet...
»—S'il l'avait reçu plus souvent, madame, il saurait aujourd'hui ce que c'est qu'un herbier.
»—Allons, monsieur Durand... ma chère commère,» dit Bellequeue en allant du mari à la femme. «Est-ce que nous allons nous quereller... fi donc! un si joli ménage... l'exemple du quartier... Ce n'est probablement pas pour vous disputer que vous avez invité vos parens et vos amis à venir chez vous...»
Les parens écoutaient tranquillement la querelle sans chercher à la terminer; madame Renard souriait, M. Renard regardait sa femme d'un air malin, mademoiselle Aglaé riait, M. Fourreau ouvrait de grands yeux, Mistigris regardait ses pieds et paraissait content que son petit cousin fût cause d'une dispute; madame Ledoux cherchait à se rappeler avec lequel de ses maris et pour lequel de ses enfans elle avait eu une querelle semblable, et madame Moka murmurait de temps à autre: «Ah, Dieu! vis-je souvent des époux se querellasser.»
L'arrivée de Catherine change la scène; la domestique entre toute troublée dans la chambre, en s'écriant: «Ah! mon Dieu, madame! ah, mon Dieu!... M. Jean est parti.
»—Parti!» s'écrie madame Durand, et tout le monde se lève en désordre, tandis que l'herboriste prie la bonne de s'expliquer.
«Vous savez ben, monsieur,» dit Catherine, «que vous m'avez seulement ce matin donné la clef de la chambre de M. Jean, en me disant: Vous irez le chercher et nous l'amènerez quand il en sera temps. En attendant ça, moi j'ai voulu aller savoir si ce jeune homme n'avait besoin de rien, et s'il ne s'ennuyait pas trop dans sa chambre. Je viens donc d'y entrer, mais j'ai eu beau regarder partout... pas de M. Jean! sa commode est ouverte, ses tiroirs sont vides, il aura fait un paquet de ses effets, et comme sa croisée donne sur le toit qui mène au grenier, c'est par-là qu'il se sera sauvé.