»—Les voilà fiancés ces chers enfans!» dit madame Durand en embrassant madame Chopard, tandis que M. Chopard s'écrie: «Voilà un nœud... d'amour... Oh! oh! oh!... il est coulant celui-là... Ah! Coulant! encore un fameux!...»

Jean tient toujours la main de mademoiselle Adélaïde, qui ne songe nullement à la retirer; le papa Chopard est allé chercher un bocal d'abricots pour célébrer les fiançailles. Jean quitte la main de mademoiselle Adélaïde pour les abricots; on boit, on trinque, on rit, on chante; la soirée se passe très-gaîment, on s'embrasse en se quittant, et tout le long du chemin Bellequeue répète à Jean: «Tu es fiancé, il n'y a plus à t'en dédire... Tu peux déjà regarder mademoiselle Chopard comme ta femme.—Soit,» dit Jean, «mais le diable m'emporte si je m'attendais à être fiancé pour avoir donné une poignée de main à la demoiselle.»

Le souvenir des fiançailles n'empêche pas Jean de dormir. Quant à Bellequeue il rentre chez lui enchanté et s'écrie, en passant sa robe de chambre: «C'est fini; il n'y a plus à reculer... ils sont fiancés...

»—Qui cela?» dit mademoiselle Rose. «—Et parbleu, mon filleul, Jean Durand, avec mademoiselle Adélaïde Chopard!...

»—Beau mariage qu'il a fait là!...» murmure mademoiselle Rose en prenant sa chandelle, «—Rose... une partie de dames... une seule partie... Je suis sûr que je ferai de beaux coups ce soir!...» crie Bellequeue à sa petite bonne; mais celle-ci, sans écouter son maître, rentre dans sa chambre dont elle ferme la porte en disant: «Jouez tout seul... je crois que ça m'amusera autant.»

CHAPITRE XIV.

ÉVÉNEMENT NOCTURNE.—LE SOUVENIR D'UNE JOLIE FEMME.

Depuis huit jours Jean était fiancé à mademoiselle Chopard. On avait fixé l'époque du mariage à six semaines après, parce que mademoiselle Adélaïde, certaine maintenant que Jean sera son mari, n'est pas fâchée d'avoir le temps de faire avec lui plus ample connaissance, se flattant toujours qu'elle parviendra à le rendre amoureux, galant et soumis à ses volontés.

Jean ne s'était point informé de l'époque fixée pour son hymen, peu lui importait que ce fût tôt ou tard. Il allait chez les Chopard, parce qu'il y était aussi libre, aussi à son aise que chez lui; mais il causait avec mademoiselle Adélaïde comme avec toute autre personne, et rien n'annonçait qu'il deviendrait plus empressé et plus galant. Mademoiselle Adélaïde, au contraire, éprouvait chaque jour un penchant plus vif pour le jeune Durand, et, tout en se dépitant en secret de ce qu'il ne se montrait pas plus amoureux, se sentait plus éprise de lui.

Les Chopard, persuadés qu'on ne pouvait pas voir leur fille sans en être enthousiasmé, ne doutaient point des sentimens de Jean, et attribuaient son peu d'empressement près d'elle à la singularité de son caractère! Toutes les fois que le jeune homme venait les voir, ils ne manquaient pas de faire passer en revue les bocaux, en s'étendant sur les talens de leur fille. Jean trouvait cela bon, et madame Chopard courait dire tout bas à sa fille: «Ton prétendu a mangé de tes pêches à l'eau-de-vie avec le plus grand plaisir... Ce garçon-là t'aime sincèrement, ma chère enfant.»