En sortant du château de Framberg, Henri et Franck prirent le chemin d'Offembourg. Henri ne pensait qu'à sa chère Pauline; et il espérait, comme c'était près d'Offembourg qu'il l'avait connue, qu'il apprendrait dans cette ville quelque chose sur son sort.

Comme Henri était assez confiant, et qu'il brûlait d'ailleurs de s'entretenir de sa belle, il eut bientôt mis Franck dans sa confidence: et puis il était nécessaire que Franck fût instruit, afin de mieux l'aider dans ses recherches.

Franck était un garçon intelligent, adroit, et plus propre enfin à conduire une intrigue qu'à sarcler les allées du parc de Framberg. Flatté de la confiance de son maître, il lui promit de s'en rendre digne, et de tout faire pour l'aider à retrouver celle qu'il adorait.

Arrivés à Offembourg, Henri et Franck firent, sans aucun succès, toutes les recherches possibles sur le nommé Christiern et sa fille. Las enfin de ne rien découvrir, Henri résolut de voyager, pour se distraire, dans quelques climats éloignés, s'en remettant au hasard du soin de retrouver sa chère Pauline.

Henri pensa que l'Italie, dont il avait entendu vanter les beautés, pourrait lui offrir plutôt qu'ailleurs des sujets de distraction; ils se mirent donc en route pour Naples, voyageant à cheval, et s'arrêtant dans tous les endroits qui méritaient de fixer leur attention. Il ne leur arriva rien d'extraordinaire jusqu'à Florence, où Henri désira passer quelque temps.

La situation charmante de cette ville, située sur les bords enchanteurs de l'Arno, la beauté des édifices, les chefs-d'œuvre en tous genres qu'elle renferme, tout enivra les sens de Henri, qui, n'étant jamais sorti du château de Framberg que pour en visiter les environs, ne se doutait pas qu'il existât dans le monde un endroit aussi délicieux.

Un soir, en se promenant aux environs de la ville, Henri entend une musique mélodieuse partir d'une maison élégante, située sur les bords de l'eau. «O mon ami!... c'est elle! elle est là!... dit Henri à Franck; c'est la même musique que j'ai entendue près d'Offembourg!...—Vous croyez, monsieur?—J'en suis sûr!... Eh! quelle autre que ma Pauline pourrait tirer de son luth des sons aussi enchanteurs!...—Ah! monsieur, il y a bien des femmes qui pincent de cet instrument-là.—N'importe, je veux absolument connaître la personne qui habite cette maison.»

Quand Henri avait formé quelque projet, il fallait qu'il l'exécutât; aussi commença-t-il par chanter sous les fenêtres de la maison, afin d'attirer l'attention. Notre héros n'était pas musicien, mais il avait une jolie voix, et le désir de plaire suppléait en lui au défaut de savoir: aussi bientôt la musique cessa-t-elle, et on écouta le nouveau chanteur. «Tu vois bien que c'est elle, dit Henri; elle a reconnu ma voix, elle s'est tue pour m'entendre...—Ça n'est pas encore certain, monsieur; vous ne savez donc pas qu'en Italie on ne fait l'amour que comme ça, et qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que l'on vous écoute.»

Malgré l'avis de Franck, Henri continua de chanter, et on continua de l'écouter. Lorsqu'il eut fini, on entr'ouvrit la jalousie, et on jeta en bas un billet attaché à un caillou. «C'est une lettre! s'écrie Henri en ramassant le papier; quand je te disais que c'était elle!...—Ce n'est pas encore sûr, monsieur,» répond Franck en secouant la tête. Henri s'approche de la fenêtre, et à la faveur de quelques rayons de lumière, il lit le billet suivant:

«Aimable étranger, le son de ta voix douce et tendre a pénétré jusqu'à mon âme; je ne puis résister au désir de te connaître, et je cède aux charmes de tes accents. Rends-toi donc ce soir à minuit devant la petite porte du jardin, qui est au bord de l'eau, et l'on t'introduira près de moi.»