Henri répondit à ce compliment de la manière la plus galante, et informa aussi la marquise de son nom et du but de son voyage. Lorsque la marquise apprit le nom et le titre de Henri, elle parut encore plus flattée de cette aventure, et il s'établit entre eux une conversation fort animée. Franck, de son côté, chercha à lier connaissance avec la jeune personne, qui paraissait être la femme de chambre de la marquise; mais mademoiselle Julia (c'était son nom) n'écoutait guère Franck, et lorgnait beaucoup Henri.
La marquise et Henri oubliaient, en causant, que la nuit se passait; mais les domestiques, qui probablement ne s'amusaient pas autant que leur maîtresse, lui firent remarquer que le jour commençait à poindre. La marquise s'informa du temps; on lui dit que l'orage était apaisé, mais que la pluie tombait toujours avec violence: alors elle pria Henri d'accepter une place dans sa voiture, puisqu'il se rendait à Rome ainsi qu'elle. Henri, qui avait remarqué les œillades de Julia, et qui trouvait la marquise fort belle femme, n'eut garde de refuser, et l'on descendit dans la cour pour se remettre en voyage.
«Ah! disait Franck en lui-même en suivant son maître, je vois bien que cette aventure, qui avait un air romanesque, finira aussi simplement qu'une autre.»
Henri était dans la voiture avec les deux dames. La marquise voulut qu'il occupât le fond avec elle; mademoiselle Julia se mit devant Henri, en faisant une petite moue qui lui allait à ravir. C'était une jolie petite femme que cette Julia: elle avait des yeux d'une expression admirable, et elle les portait assez habituellement sur Henri, lorsqu'elle voyait que sa maîtresse ne la regardait pas. Quant à la marquise, c'était une femme parfaitement belle: sa taille noble et élégante était encore relevée par une figure d'une beauté régulière; ses cheveux étaient d'un noir éblouissant, et ses yeux, pleins de feu et de vivacité, annonçaient une âme brûlante et un caractère impétueux.
Les voyageurs arrivèrent à Rome sans autre accident; et la marquise, en quittant Henri, l'invita à venir souvent partager sa société. Henri le promit en regardant Julia, qui ne paraissait pas désirer moins vivement que sa maîtresse qu'il se rendît à son invitation.
«Au moins, disait en lui-même Henri en parcourant les rues de Rome pour chercher à se loger, cette femme-là est bien une marquise, et n'a pas fait les princesses sur aucun théâtre.»
Après avoir choisi l'auberge la plus élégante de la ville, Henri fit venir divers marchands, afin de s'habiller dans le dernier goût et fort richement. «Monsieur, dit Franck à son maître, savez-vous que cette marquise-là vous ruinera, si cela continue.—Imbécile! crois-tu que mon père refusera de m'envoyer tout l'argent dont j'aurai besoin?—Dame! monsieur, il n'aurait qu'à se lasser de vos voyages, et vous ordonner de retourner près de lui?—Eh bien! alors il sera temps de nous ranger.»
Le soir même de son arrivée, Henri se rendit chez la marquise de Belloni. Elle demeurait dans le plus beau quartier de la ville; son hôtel était de la dernière magnificence, et tout chez elle respirait le luxe et la splendeur.
Une société brillante et nombreuse était réunie chez la marquise. Cette dernière reçut Henri de la manière la plus gracieuse, et le présenta aux personnes les plus distinguées, qui, sur la recommandation de la marquise, comblèrent Henri de politesses et eurent pour lui tous les égards.
Notre héros ne s'était pas encore trouvé dans un cercle aussi brillant. Entouré de femmes charmantes qui semblaient se disputer sa conquête, et flatté des attentions de la marquise, il se crut au plus haut degré des honneurs.