Après avoir essayé de consoler Pauline, il la laissa dans son appartement pour aller à la recherche du fugitif. Pauline, lorsqu'elle fut seule, donna un libre cours à ses larmes; elle craignait et désirait en même temps que Mullern parvînt à ramener Henri; quelquefois la raison et le devoir lui faisaient appréhender son retour; mais l'amour, plus fort que tous les raisonnements, reprenait toujours le dessus, et finissait par l'emporter.
Cependant Mullern et tous les domestiques revinrent au château sans apporter aucune nouvelle de Henri. Le lendemain, mêmes perquisitions, sans avoir plus de succès. Les jours, les semaines s'écoulèrent, et Henri ne revint pas!... Mullern ne perdait pas courage, et faisait quelquefois des absences de huit jours, dans l'espérance d'être plus heureux; mais lorsque deux mois furent écoulés, il commença à perdre patience, et envoya au diable celui qu'au fond du cœur il désirait tant retrouver.
«Mais enfin, pourquoi cette fuite? disait Mullern à Pauline, lorsqu'ils étaient seuls ensemble; je lui avais défendu de vous voir, c'est vrai; mais je ne lui avais pas conseillé de devenir fou.»
Pauline baissait les yeux et ne répondait rien. Mullern, voyant que ses questions ne faisaient que redoubler son chagrin, changeait de conversation, et s'efforçait de la distraire. La pauvre enfant paraissait effectivement avoir grand besoin de distraction. Ce n'était plus Pauline telle qu'elle était un an auparavant, si fraîche, si jolie, et dont les yeux brillants annonçaient le plaisir et la santé!... Ses larmes en avaient terni l'éclat, son teint pâle et flétri trahissait les souffrances de son âme, et tout en elle annonçait une victime de l'amour!
Plus le temps s'écoulait, plus le chagrin de Pauline semblait augmenter. Elle passait les journées entières enfermée dans son appartement, ou à pleurer au fond d'un bosquet solitaire. Mullern présumait que c'était la peine qu'elle éprouvait de la fuite de Henri. Notre bon hussard n'était guère plus gai qu'elle, et fort peu en état de la consoler.
Un soir que Mullern était sorti du château, pour respirer l'air frais de la campagne, il aperçut de loin une femme, dont la démarche précipitée annonçait quelque dessein extraordinaire. «Oh! oh!... dit Mullern, quelle est cette femme?...» L'obscurité de la nuit l'empêchait de la reconnaître; mais il résolut de la suivre afin de satisfaire sa curiosité. L'inconnue traversa rapidement un petit bouquet de bois qui conduisait au bord d'un étang situé à peu de distance du village; elle prenait les sentiers les plus détournés, paraissait craindre d'être aperçue, et s'arrêtait de temps à autre, comme pour écouter si elle n'était pas suivie. Mullern alors se tenait caché derrière un arbre, retenait son haleine, et ne faisait pas le moindre mouvement. C'est de cette manière qu'ils arrivèrent tous deux au bord de l'eau. Alors l'inconnue s'arrête sur une espèce de monticule qui dominait l'étang, et se met à genoux. Mullern s'arrête aussi de son côté: une secrète terreur s'était emparée de ses sens. Bientôt une voix plaintive fait entendre les paroles suivantes: «O mon Dieu! pardonnez-moi l'action que je vais commettre! prenez pitié de mon désespoir, et n'accablez pas de toute votre colère celui qui a partagé mon crime et pour lequel je sacrifie une existence que je n'ai plus la force de supporter!...»
Mullern n'en entendit pas davantage. Ayant reconnu la voix, il courut vers celle qu'il voulait sauver; mais il n'était plus temps. Pauline, car c'était elle, s'était déjà précipitée au milieu des eaux.
Notre hussard, sans perdre un seul instant, jette de côté son bonnet, sa veste, tout ce qui aurait pu l'embarrasser; ensuite, se jetant à la nage, il parvient à atteindre l'infortunée qui allait périr, la saisit avec force, la ramène vers le rivage, et remercie le ciel d'avoir secondé son entreprise.
Mullern avait étendu Pauline sur la terre; mais elle était inanimée, et son état demandait de prompts secours. Comment faire cependant? Il était tard, tous les villageois étaient livrés au repos. Il n'y avait qu'un parti à prendre, celui de retourner au château, ils en étaient fort éloignés, et le bon hussard se sentait harassé par toutes les secousses qu'il avait éprouvées; mais le désir de faire une bonne action lui rendit toutes ses forces; il mit Pauline sur ses épaules; et, chargé de ce précieux fardeau, prit avec courage le chemin du château.
Après une heure d'une marche fatigante, Mullern vit enfin le terme de son voyage. Tout le monde était déjà couché; mais il avait toujours sur lui une clef de la petite porte du parc: il posa Pauline à terre, et ouvrit cette porte. En reprenant Pauline dans ses bras, il sentit que son cœur battait et qu'elle avait une légère respiration. «Allons, dit-il, elle n'est pas morte, et je suis payé de ma peine.» Le mouvement de la marche avait effectivement ranimé les sens de Pauline, et, lorsque Mullern la déposa sur son lit, elle rouvrit les yeux, sans qu'il eût besoin de chercher des secours étrangers.