Le hasard voulut que Henri s'arrêtât à Blamont, dans la même auberge où vinrent loger Mullern et ses compagnons. C'est lui qui était assis à la table d'hôte lorsqu'ils entrèrent dans la salle. Henri les reconnut sur-le-champ, et, ne voulant pas être vu de Mullern, se hâta de sortir en mettant son mouchoir devant sa figure.
Lorsqu'il fut dans sa chambre, il pensa que peut-être Pauline accompagnait Mullern; ne pouvant résister à sa curiosité, il descendit interroger une servante de l'auberge, qui lui apprit qu'effectivement une jeune dame, telle qu'il la dépeignait, était arrivée avec le hussard, et qu'elle couchait dans un appartement au premier.
Lorsque Henri fut certain que Pauline, Mullern et Franck voyageaient ensemble, il chercha à deviner le motif de ce voyage, et ne put en trouver d'autre, sinon qu'ils étaient encore à sa poursuite. Bien résolu à ne pas se montrer, il remonta dans sa chambre, en réfléchissant à cette rencontre; mais l'idée que sa Pauline reposait sous le même toit que lui, ne lui permit pas de prendre un instant de repos.
Le lendemain matin, Henri se leva dès le point du jour. Ne pouvant résister au désir de voir un instant sa Pauline, il alla se mettre en embuscade devant la porte de l'auberge, attendant avec impatience le moment où elle en sortirait. Après avoir attendu fort longtemps, il commençait à perdre courage, et allait quitter la place, lorsqu'il vit cette femme si désirée passer devant lui; mais Mullern et Franck n'étaient pas avec elle: un seul homme, un homme que Henri ne connaît pas, paraît la conduire. Étonné de ce qu'il voit, notre héros les suit à une assez grande distance. Arrivés sur la lisière d'un bois, deux hommes s'élancent sur Pauline et l'emportent dans une chaise de poste qui est à deux pas; en vain Pauline se débat et appelle à son secours; elle est bientôt dans la voiture, et l'homme qui l'avait amenée au rendez-vous monte en postillon et fouette les chevaux qui s'éloignent rapidement.
Henri avait couru au secours de Pauline; mais il était à une trop grande distance pour espérer pouvoir la soustraire à son ravisseur. Cependant l'amour et la fureur lui donnent des ailes; il court de telle force, qu'il parvient à atteindre la voiture. Alors il crie au postillon d'arrêter; celui-ci ne l'écoutant pas et continuant d'aller son train, Henri emploie le seul moyen qui lui reste pour sauver son amie: il tire un de ses pistolets sur le conducteur, qui tombe mort sur le grand chemin.
Aussitôt la voiture s'arrête; un homme en descend comme un furieux et court sur Henri l'épée à la main; Henri le reconnaît, c'est M. de Monterranville, c'est l'assassin de la forêt. «Viens, misérable, lui dit-il, viens recevoir la punition de tous tes crimes.»
Il attend de pied ferme son adversaire, et tous deux s'attaquent avec une égale fureur; c'est alors que notre hussard se trouva sur le lieu du combat.
CHAPITRE XXV.
HEUREUSE RENCONTRE.
«Ah! ah!... gibier de potence! dit Mullern en courant vers les combattants, tu oses te frotter à mon élève! attends, attends, nous allons te faire voir si nos sabres ont le fil.»
Mais Mullern arriva trop tard pour avoir le plaisir de sabrer lui-même, car, au moment où il parlait, M. de Monterranville reçut de Henri un coup d'épée qui l'étendit aux pieds de notre hussard.