»—Je ne vois pas en quoi la visite de ce monsieur peut me regarder,» dit Armand, tandis que Saint-Elme, tout en se donnant beaucoup de mal pour essuyer son pantalon, semble très-occupé d'autre chose.
»—Écoutez, Armand, je vous ai payé ce domaine soixante mille francs. Je ne pouvais vous en donner plus, mais je crois qu'il vaut davantage; et si M. de Tergenne pense toujours comme à l'époque où il désirait tant l'acheter, je ne doute pas qu'il n'en donne soixante-quinze.... peut-être quatre-vingt mille francs.... Alors, je le lui céderai. Vous pensez bien que je ne veux rien gagner sur vous. Je reprendrai ce que j'ai déboursé, et la différence vous reviendra...... C'est donc quinze à vingt mille francs que j'espère vous faire avoir... Ernestine, il vous en coûtera de quitter cette maison.... je le prévois... mais n'approuvez-vous pas ce que je veux faire?
»—Oui, monsieur, puisqu'il s'agit d'obliger mon frère... je me résignerai... Sans doute je ne m'éloignerai pas de ces lieux sans regrets..... mais je ne puis que vous approuver.
»—Ma sœur, ne vous désolez pas d'avance, dit Armand, certainement je suis sensible au désintéressement de M. de Noirmont, à ce qu'il veut faire pour moi... mais je doute fort que ce M. de Tergenne soit toujours entiché de ce domaine... C'était probablement un caprice... il n'y pense sans doute plus.
»—La preuve qu'il est toujours dans les mêmes intentions, dit M. de Noirmont, c'est qu'il vient dans ce pays pour s'y fixer.
»—Je conviens que vingt mille francs me feraient plaisir...... quoique.... avec cette somme... je ne... Ah! tenez, ce n'est pas la peine pour quelques mille francs, de faire du chagrin à ma sœur.—Armand, ne vous mêlez pas de ceci, et laissez-moi le soin de cette affaire.
»—Ce qu'il y a de certain, dit Dufour, c'est que nous allons voir arriver M. le comte et sa nièce.—Oui, répond Victor, et je pense que nous ferons bien, nous, de ne pas embarrasser nos hôtes plus long-temps.... Puisqu'ils ne seront plus seuls, nous pourrons retourner, toi à Paris, Dufour, et moi près de mon père....... qui va encore vouloir me marier...
»—Vous marier, dit Ernestine, et c'est pour cela que vous êtes pressé d'aller le voir?—Oh! non, madame, mais...—Mais, dit M. de Noirmont, je ne veux pas que l'arrivée de M. de Tergenne vous fasse partir..... Vous nous aiderez, messieurs, à lui rendre ce séjour agréable, et si je lui vends ce domaine, eh bien! alors nous le quitterons tous ensemble....
»—Nous irons à Paris? dit vivement Ernestine.—Non, ma chère amie, mais nous retournerons à Mortagne. En attendant disposez tout ici pour l'arrivée de nos nouveaux hôtes... Je ne connais pas la nièce du comte... il ne l'avait pas avec lui il y a deux ans, mais pour lui... oh! c'est un homme charmant, fort aimable, et qui, je crois, a dû dans sa jeunesse être le favori des belles...... Il est même très-bien encore.
»—Je ferai son portrait, dit Dufour.—Et moi sa partie de billard... Il y est de première force... je crois qu'il y battra M. Saint-Elme.