Pendant que Victor et Dufour échangent des saluts avec le comte, M. de Noirmont regarde autour de lui dans le salon; il hésite à présenter la personne qui est encore là; cependant il se décide et dit:
«Voilà M. de Saint-Elme... c'est un ami de mon beau-frère...»
Le comte n'avait pas encore aperçu le monsieur qui se tenait toujours dans un coin du salon. En voyant ce personnage, dont la tête est enveloppée de bandes noires, M. de Tergenne salue de nouveau; Saint-Elme en fait autant et se rassied bien vite.
«Mais n'avez-vous pas un frère?» dit le comte en s'adressant à Ernestine.
«—Oui, monsieur, il habite ici maintenant; sans doute il ignore votre arrivée... Peut-être est-il allé promener dans le bois.... Mon frère ne me ressemble pas, il n'aime pas la campagne;... mais votre séjour ici et celui de votre aimable nièce contribueront, j'en suis certaine, à lui faire oublier Paris.
»—Allons, ma chère Emma, fais bien vite connaissance avec madame de Noirmont; elle est bonne, aimable, elle sera indulgente pour tes petits défauts, et voudra bien, je l'espère, te donner son amitié. Tiens,... je me connais en sympathie,... je gage que madame te plaît déjà?...
»—Oh! oui, mon oncle,» répond la nièce du comte en allant prendre la main d'Ernestine, «et je ferai mon possible pour que madame m'aime un peu.»
Emma dit cela d'une façon si franche, si gracieuse, qu'Ernestine ne peut s'empêcher de l'embrasser; mais ensuite elle tourne bien vite la tête pour voir qui Victor regardait.
Armand arrive. Ernestine le présente au comte, qui regarde le jeune homme avec intérêt: celui-ci tâche de prendre un air aimable en répondant aux politesses de M. de Tergenne; mais les chagrins qui le rongent, les inquiétudes qui le poursuivent sans cesse, percent toujours sous le sourire qui vient effleurer ses lèvres. M. de Tergenne s'en aperçoit, il dit bas à Ernestine «Votre frère semble éprouver quelque peine secrète?—Je vous l'ai dit, la campagne l'ennuie...—C'est que probablement il a laissé à Paris de tendres souvenirs... Oh! c'est facile à deviner; il est dans l'âge des passions,... de l'amour... Je me rappelle cela.»
Le comte soupire, puis regarde autour de lui d'un air mélancolique en disant: «Me voici donc à Bréville!