Et Dufour se met en marche vers Paris; Victor le suit, tout en le priant de s'arrêter. Mais ces messieurs n'ont pas fait trois cents pas qu'ils entendent crier: «N'allez donc pas si vite!.... nous voilà....»

Dufour double le pas; c'est en vain, ces demoiselles les atteignent. «—Comment! vous étiez en arrière, mesdemoiselles? dit le peintre; j'étais persuadé que vous étiez devant, et nous courions après vous.

«C'est Estelle qui s'était trouvée incommodée.—Non! c'est toi, Lisa!—Toi aussi!

«Il ne faut pas vous quereller pour cela, mesdemoiselles, dit Victor; il n'est pas défendu d'être indisposé! mais prenez mon bras et continuons notre route.»

Les grisettes se pendent au bras qu'on leur offre; on se remet en marche. Dufour, de fort mauvaise humeur de soutenir mademoiselle Estelle, la fait aller très-vite.

«Si tu nous jouais un peu de mirliton, dit Victor, cela embellirait notre voyage.—Non, je ne suis plus en train.—Alors, ces demoiselles devraient nous chanter quelque chose.—Oh! je n'ai pas envie de chanter, moi.... ce pain-d'épices me fait un drôle d'effet!..... Et toi, Estelle?—Moi, c'est le punch qui m'a bouleversée. Quand on n'est pas habitué aux choses fortes?....

«—Je prévois que nous allons faire une route bien agréable,» dit tout bas Dufour.

Arrivées à Boulogne, ces demoiselles veulent s'arrêter pour reprendre haleine. On s'arrête, elle disparaissent; alors Dufour prend encore sa course, malgré les prières de Victor, qui le suit cependant. Mais bientôt ces demoiselles les rejoignent. Dans le bois de Boulogne, nouvelle station, nouvelle disparition des grisettes, nouvelle fuite de Dufour, qui est encore rattrapé.

«Pourquoi donc partez-vous toujours sans nous? dit mademoiselle Lisa.—Ma foi, il paraît que ce soir j'ai des éblouissements, je me figure toujours vous voir courir devant... n'est-ce pas, Victor?—Oui, je l'ai cru aussi!»

Dans les Champs-Élysées, ces demoiselles veulent encore s'arrêter. Cette fois, dès qu'elles sont éloignées, Dufour se met à courir de toutes ses forces, Victor en fait autant. Ils arrivent, sans avoir repris haleine, à la place de la Révolution.