«—Dufour, tu es bien ennuyeux avec tes conjectures!... Comment, madame, vous l'écoutez!...
«—C'est que je crois qu'il n'a pas tort,» répond à demi-voix Ernestine, car, depuis l'arrivée de cette demoiselle vous êtes tout troublé,... tout embarrassé;..... vous ne saviez quelle contenance tenir lorsqu'elle était là...»
Le retour de M. de Noirmont et de ses hôtes met fin à cette conversation. Cette fois, Saint-Elme ne peut se replacer dans son coin, cela deviendrait trop remarquable, mais il se promène de long en large en causant avec Armand.
Le comte de Tergenne a cet esprit aimable qui met tout le mondé à son aise. En quelques minutes il semble qu'il soit depuis long-temps commensal de la maison. Il sait rendre la conversation générale; ce n'est pas un homme qui veut briller, c'est un homme qui emploie son esprit à provoquer celui des autres. Après avoir quelque temps causé avec Victor et Dufour, il se tourne vers Saint-Elme, qui est à quelques pas de lui, et lui dit du ton de l'intérêt:
«Monsieur a reçu récemment une blessure, à ce qu'il me paraît?»
Saint-Elme semble un moment embarrassé en voyant que le comte lui adresse la parole; enfin il répond en prenant une voix de tête qui ne ressemble pas à sa voix habituelle.
«Oui, monsieur le comte,... je me suis blessé à la chasse... Hier,.... j'ai lutté avec un loup.
«—Avec un loup!... Il y en a donc dans ce pays?...
«—Oh! c'est fort rare, dit M. de Noirmont.—Mais au moins vous ne perdrez pas l'œil? reprend le comte.—Non... oh! non, j'espère le conserver;... mais ce sera long... très-long...
»—Ha ça, est-ce que votre blessure attaque aussi votre voix! dit Dufour; il me semble que vous ne parlez pas comme à votre ordinaire...