En approchant de chez les personnes qui donnent le bal, Emma s'étonne de ne pas entendre déjà le son des violons, les airs de danse. En entrant dans la maison, l'étonnement de la société redouble. Le vestibule est désert. Une seule domestique va et vient d'une pièce à une autre en rinçant des verres.

«Est-ce que nous sommes venus trop tôt?» dit le comte en souriant.—«Où donc se donne la fête,..... le bal? demande M. de Noirmont.

»—Dans le jardin, monsieur, répond la domestique. Vous allez y trouver tout le monde.»

On se rend au jardin; on parcourt plusieurs allées sans rencontrer la société; enfin on aperçoit une douzaine de personnes réunies sur un carré de verdure.

»Voilà probablement le noyau de la réunion, dit Dufour. Que diable font-ils là?

On s'approche de la compagnie; elle se compose de trois commis-voyageurs, amis de Chéri; puis M. et mademoiselle Pomard, madame Bonnifoux, M. Courtois et sa nièce, et deux voisines d'un âge mûr.

A l'arrivée de la société de Bréville, un des commis-voyageurs faisait des tours de force; il enlevait un banc de bois à bras tendu.

Sophie vient recevoir son monde; elle conduit les dames devant les bancs qu'on a placés autour d'un espace qu'on a sablé pour en faire une salle de bal. Plusieurs lampions et des lanternes attachées à des arbres annoncent que c'est là qu'on veut donner la fête.

«Mais avec qui veulent-ils nous faire danser? dit Dufour. Est-ce qu'ils croient que j'inviterai madame Bonnifoux?.... Quant à mademoiselle Clara, je ne me risquerai pas, son frère est devenu olive en m'apercevant.»

Les dames prennent place autour de l'endroit sablé. Le commis continue ses tours: après le banc, il enlève une chaise avec ses dents; ensuite il lutte avec un de ses amis à qui sautera le plus loin; puis ces messieurs ôtent leurs habits et se mettent à jouer à qui jettera l'autre par terre. Et madame Montrésor ne cesse de s'écrier: «Ah! qu'ils sont aimables!... qu'ils sont drôles!... C'est qu'ils sont capables de nous amuser comme cela toute la soirée!»