La jeune fille passe le reste de la nuit dans la plus cruelle agitation; elle s'est jetée sur son lit, mais elle n'a plus trouvé le repos; mille pensées s'offrent à son esprit; elle n'ose s'arrêter à aucune, elle sent son cœur oppressé comme par un affreux pressentiment.

Le jour renaît; Jacques se lève, descend, prend son fusil, et sort en disant à Madeleine: «Notre hôte dort toujours; faut pas l'éveiller, mon enfant; je vas faire ma ronde dans le bois.»

Le garde est éloigné. Madeleine a toujours l'esprit frappé de ce qu'elle a vu et entendu dans la nuit; elle attend en travaillant le réveil de l'étranger.

Le comte ne tarda pas à descendre. «Bonjour, mon enfant,» dit M. de Tergenne en apercevant Madeleine. «Jacques est déjà sorti, je gage?—Oui, monsieur.—Ma foi, j'ai dormi comme un ange dans sa maison...—Ah!... vous n'avez pas été réveillé, monsieur.....—Il y a long-temps que je n'avais si bien reposé. Mais vous, ma petite, seriez-vous souffrante ce matin?... vos traits sont altérés...—Ah, ce n'est rien, monsieur;.... c'est que j'avais eu peur... que vous ne soyez pas bien là-haut.—J'ai été fort bien, je vous le répète. Adieu, petite Madeleine; il faut que je parte, car on serait capable d'aller au-devant de moi... Dites bien à Jacques que je le remercie de son hospitalité... et que j'espère le revoir bientôt.»

Le comte quitte la maison du garde; Madeleine le suit des yeux, mais elle sent son cœur soulagé depuis qu'elle a reçu de l'étranger l'assurance que rien n'a troublé son sommeil.

CHAPITRE VI ET DERNIER.

Toujours Madeleine.

Les habitans de Bréville viennent de se réunir pour le déjeuner. Les dames sont déjà habillées pour la promenade projetée. Armand descend au salon: sa figure est effrayante de pâleur, ses yeux expriment un sentiment de terreur continuel.

«Te voilà, mon frère, dit Ernestine; on ne t'a pas vu depuis hier dîner.—Non, je suis sorti... j'ai été indisposé... je me suis couché de bonne heure...—Tu as l'air malade en effet.—Oui, je suis mal à mon aise.

»—La promenade vous fera du bien, M. de Bréville, dit Emma; il faut venir avec nous au-devant de mon oncle.»