Victor fait asseoir la jeune fille sur un banc de verdure en lui disant: «Remettez-vous,... calmez-vous un peu.—Ah! monsieur, je suis si heureuse! C'est dans cette allée que nous courions tous les trois... Là-bas, derrière cette charmille, je me cachais souvent avec Ernestine pendant que son frère nous cherchait... Il me semble que je suis encore à ces moments-là. Ah! tout est comme autrefois;... voilà des arbres que je reconnais... Je les embrasserais de bon cœur!»
Madeleine porte des regards pleins d'une expression touchante sur tout ce qui l'entoure, et Victor se dit en l'examinant: «En vérité, Dufour avait raison, elle est jolie en ce moment... Cette jeune fille a une ame bien aimante... elle ne sera pas toujours heureuse!...»
Madeleine se lève; ils continuent à parcourir les jardins. Arrivés près d'un joli bosquet qui est devant la pièce d'eau, Madeleine pousse un cri, et ses yeux se remplissent de larmes.
«Qu'avez-vous donc? lui dit Victor.—Ah! monsieur,... ce bosquet c'était la place de ma bienfaitrice... elle s'y asseyait tous les jours... C'est là qu'elle m'a embrassée pour la dernière fois!...»
Madeleine sanglote; bientôt elle s'éloigne de Victor, entre dans le bosquet, se met à genoux, et prie le ciel avec ferveur. Le jeune homme attend avec respect qu'elle ait fini sa prière; car il y a dans cette action de la jeune fille quelque chose de bien touchant, qui le fait rêver plus profondément que de coutume.
Madeleine quitte enfin le bosquet, elle ne pleure plus. On reprend la promenade, et Madeleine retrouve un sourire pour d'autres souvenirs. A dix-huit ans le rire est si près des larmes.
Au détour d'une allée, qui conduit jusqu'à la maison, Victor s'écrie: «Les voilà!... ils viennent par ici.—Qui donc, monsieur?—Armand et sa sœur.—Quoi!... ce monsieur,... cette grande dame,... ce sont mes camarades d'enfance? Comme ils sont changés!... Oh! c'est égal... mon cœur les reconnaît... Je vais courir les embrasser...—Non pas,... non pas,... je ne veux pas qu'ils vous voient encore... Tenez... entrez dans ce petit kiosque, et attendez que je vous fasse signe.—Ah! monsieur, ne me faites pas attendre long-temps, je vous en prie.»
Ce n'est pas sans peine que Victor parvient à décider Madeleine à entrer dans le kiosque; enfin elle s'y cache, et le jeune homme fait quelques pas au-devant d'Armand et de sa sœur.
«Nous vous cherchions, mon cher Dalmer, dit Armand. On nous a dit que depuis long-temps déjà vous étiez levé et vous promeniez dans le jardin... Diable, vous êtes matinal!
»—Mais vous, mon frère, vous êtes trop paresseux! Je suis bien aise que monsieur sache qu'il y a long-temps que je suis levée. Je le croyais à la chasse avec mon mari... sans quoi je serais venue lui tenir compagnie.