»—J'aime mieux le loto, dit Dufour; c'est un jeu sage.... l'on ne se monte pas la tête....

»—Vous aimez le loto, monsieur?» dit madame Montrésor en adressant un doux sourire au peintre; «j'espère que vous voudrez bien le venir faire quelquefois chez nous... ainsi que M. Dalmer. J'ai un loto tout neuf et des petits jetons en verre; c'est fort gentil... N'est-ce pas, Chéri, que mon loto est aussi joli que celui de madame Bonnifoux, qui fait tant d'embarras avec le sien!... Réponds donc. Qu'est-ce que tu as donc, Chéri? tu ne dis rien... ce soir; est-ce que tu es malade?... à quoi penses-tu?...—Moi.... je ne pense pas... je compte ce que j'ai gagné...—Oh! parbleu, vous m'avez gagné douze francs, dit Dufour; douze parties à vingt sous... Je n'ai jamais joué si cher!...

»—Il faut nous retirer, Chéri; il est tard: avant d'être à la maison il y a un endroit sombre qu'il faut traverser... et je ne suis jamais rassurée en passant là...

»—Moi, madame, j'aimerais beaucoup à traverser avec vous un endroit sombre, dit Saint-Elme d'un air moitié galant, moitié goguenard, mais que madame Montrésor prend du bon côté.

»—Voulez-vous que l'on vous escorte, madame? dit Armand.

»—Oh! ce n'est pas la peine; nous avons avec nous M. Pomard; il nous met à notre porte.

»—Et j'ai mon fusil à deux coups,» dit Pomard en portant arme comme à l'exercice.

«—Ne comptez pas trop sur le fusil de M. Pomard, reprend Saint-Elme; comme il est fort distrait, il est homme à viser la lune pendant que vous crieriez au voleur!»

M. Pomard paraît piqué de cette plaisanterie; il enfonce son énorme casquette jusque sur ses yeux, et répond au petit-maître d'un ton fort sec: «Monsieur, si je vous visais, je n'aurais pas de distraction.—Alors je me transformerais en lièvre, monsieur Pomard.—C'est peut-être votre habitude, monsieur.»

Saint-Elme fait une demi-pirouette sur le côté, tandis que Dufour dit tout bas à Victor: «M. Pomard n'est pas si bête qu'il en a l'air!»