De Syracuse à Noto, le rivage de la mer sert à la fois de guide et de chemin. On ne voit devant soi que des sables, coupés par des rivières qui descendent des montagnes.
Les sons d'une cornemuse ou les clochettes des vaches vous indiquent de temps à autre que ce pays n'est pas absolument abandonné; mais vous ne trouvez pas une maison ni un arbre pour vous abriter contre l'ardeur du soleil. Cicio, suivi de sa chèvre, marchait résolument entre les deux fantassins par vingt degrés de chaleur, et faisait sortir des touffes d'herbes, dont la plage était marquetée, des milliers de lézards et d'insectes bourdonnants. La mer, endormie, traînait mollement ses lames sur le sable en produisant un bruit semblable à l'explosion d'une fusée volante. L'un des soldats napolitains, entendant des grelots résonner derrière lui, dit à son camarade d'un air satisfait:
—Nous allons avoir de la compagnie.
En effet, un vieux muletier de Noto, qui avait conduit du monde à Syracuse la veille, retournait chez lui avec ses deux mules chargées d'une lettiga. Quand il eut rejoint les trois voyageurs, il marcha au pas militaire à côté d'eux, et dit gaîment aux soldats:
—Signori, je vous souhaite une heureuse journée. Il me paraît que vous menez ce joli garçon où il n'a pas envie d'aller.
—Eh! répondit l'un des fantassins, nous faisons ce qu'on nous commande.
—Vous avez raison. Quel crime a donc commis ce bambin?
—Il dit qu'il ne sait point son crime; mais la chose est consignée sur des papiers que j'ai dans ma poche, et je connaîtrais déjà le cas si je savais lire. Que voulez-vous? Un fantassin n'est pas un docteur?
—Et les docteurs seraient de mauvais fantassins. Afin d'amuser le chemin, je vous conterais bien l'histoire de la dame Coletta, pour peu que vous m'en fissiez la demande.
—Contez-nous cela, quoiqu'un verre de limonade fût plus à propos qu'une histoire.