—De la limonade, reprit le muletier, par cette chaleur, ce serait fait pour vous ôter les jambes. Prenez cette gourde, et vous y trouverez un vin del Greco qui vous pousse un homme fatigué à quinze milles sans qu'il sache comment.
Les deux soldats burent quelques gorgées de vin et passèrent la gourde à Cicio, après quoi le muletier commença le récit diffus et incompréhensible de l'aventure de la dame Coletta. Lorsqu'il vit les deux fantassins occupés à suive avec application le fil embrouillé de son histoire, le narrateur, qui n'avait point encore regardé Cicio, tourna son visage du côté du prisonnier en fermant son oeil gauche, ce qui voulait dire:
—Je me moque de tes gardiens. Entendons-nous ensemble.
Cicio abaissa imperceptiblement l'une de ses paupières, et ce fut comme s'il eût répondu:
—J'ai compris.
Le muletier, regarda les montagnes, comme pour demander au prisonnier s'il voulait tenter de s'évader, et Cicio frappa sur son genou pour assurer qu'il avait de bonnes jambes. Après ce dialogue muet, l'histoire de la dame Coletta se trouva finie un peu brusquement.
—Signori, dit le muletier, quand nous serons à deux milles d'Avolo, il ne faudra point bavarder, car le passage est mauvais. On y a tué un de mes confrères la semaine dernière.
Les soldats ouvrirent de grand yeux, et le nez du muletier, en se tordant d'un air narquois, dit clairement à Cicio que ses gardiens n'étaient pas fort braves.
—Mais, reprit le vieux Sicilien, je ne vous quitte point, et je passerai à l'ombre de vos fusils. Ça, dites-moi: sont-ils animés, ces fusils?
—Le mien, répondit l'un des Napolitains, est animé par une charge de poudre et une balle; mais celui de Giovanni est endormi.