Vous ne sauriez croire comme ce nom me serrait le cœur. M. Laïs connaissait ce nom. M. Laïs avait chassé de chez lui un homme de ce nom qui s'était présenté sous le masque de la bienfaisance.

Oh! ne croyez pas que ce fût ici un obstacle puéril! Au moment même où je m'étais posé la question brave et nette, l'enfantillage avait disparu. J'étais en présence d'une muraille qui n'avait point de porte.

Ecrire? c'est l'expédient qui se présente. Ecrire quoi? ce que j'aurais dit. Une lettre vaut encore moins que la parole.

Ecrire à qui? au père? Sa défiance légitime était éveillée. On va à la signature. Ce nom! ce misérable nom! Je voyais ma lettre froissée et déchirée avec mépris.

Ecrire à Annette? Ecoutez! Je sentais du feu dans mes veines à cette pensée. Dire ma passion! épancher mon âme! il y a là un attrait irrésistible. J'y résistai. J'étais prudent à force d'amour.

Et je revenais au père; je ne voulais que le père. Ah! si Annette avait eu sa mère!

Je n'eusse pas osé davantage, mais je me disais:

«Avec une mère, j'aurais du courage!»

Un terrible homme que ce père, avec sa belle figure et ses cheveux blancs! «Qui êtes-vous?» Je l'entendais m'interroger ainsi distinctement. Je songeai à prendre le nom de ma mère.

Je songeai à bien d'autres choses. Pendant plus d'une heure, je me creusai la tête pour lui fournir des preuves de mon honnêteté. Je remuai des idées qui m'arrachèrent à moi-même un sourire. Je me surpris discutant avec ma cousine et la forçant de témoigner que je ne ressemblais pas au président.