Le président ne fut pas long à déjeuner.

Peut-être, dans beaucoup de cas, M. de Kervigné fait Aurélie, mais, neuf fois sur dix, Aurélie fait M. de Kervigné. Moi, j'aime mieux le ménage du cordonnier où, après s'être cogné, l'on s'embrasse.

J'étais libre, puisque j'allais au ministère. Je montai chez moi tout de suite. Ma cousine était très curieuse de ma toilette, qui faisait en quelque sorte partie de la sienne, puisque j'étais son cavalier. J'avais ce qu'il fallait à profusion. Je choisis un costume du matin fort élégant et propre éminemment à me faire prendre en grippe par n'importe quel chef de bureau; je l'endossai, et ma glace me dit que j'étais en tenue convenable pour remplir mes fonctions. Il était une heure à peine. Quand je redescendis, Aurélie était encore à table. Laroche lui servait le café.

«Il y a M. Sauvagel, murmurait le drôle au moment où j'entrais.

La cousine me regarda tendrement.

«A-t-il cette tournure-là? répliqua-t-elle.

—Idéal de coiffeur!» grommela Laroche.

Ce n'était pas de M. de Sauvagel qu'il parlait.

«Enfin, reprit Aurélie en me donnant une poignée de main; pour une fois.... Roro, tu vas aller dire à M. Sauvagel que nous ferons une promenade au bois.»

Elle soupira. Ce Sauvagel n'était même pas vicomte! il vendait des sardines à Concarneau et disait: Quoique çà, comme Joson Michais. Il avait cinquante mille francs de rentes; il apprenait la vie de Paris pour pratiquer à Concarneau.