Et sans attendre ma réponse, il ajouta:

«Allons faire une petite visite à ma sœur.»

L'idée me vint que M. Laïs serait là. Malgré tout, il me faisait peur. Je cherchai un biais pour dissimuler ma couardise.

«J'aime mieux la voir partout ailleurs que là, répliquai-je.

—Quand elle sera votre femme, vous ne la laisserez donc pas au théâtre? m'interrogea Philippe en s'arrêtant.

—Non, assurément, s'il dépend de moi de l'en éloigner.»

Il frappa ses mains l'une contre l'autre.

«Elle a dit cela! s'écria-t-il Notre Annette est une fée! ou bien c'est une sorcellerie que l'amour? Répétez-moi encore une fois que vous ne vous êtes jamais parlé.

—Jamais, je l'affirme.

—Le père a fait pour le mieux, reprit Philippe d'un ton de dignité où il y avait bien de la tristesse. Mon avis n'était pas le sien. On l'avait induit en erreur. Ce fut en discutant cette question du théâtre qu'il me parla pour la première fois de ses idées de mort prochaine. Il voulait faire à notre Annette une situation indépendante. Maintenant qu'il est désabusé, il cherche à rompre l'engagement. Mais le succès d'Annette est un obstacle.»