«Le père m'a dit hier, murmura-t-elle en s'appuyant sur mon bras pour descendre de voiture: Je douterais de moi même avant de rien craindre de ce soldat français, de ce gentilhomme breton, de ce jeune homme qui a son cœur dans ses yeux et qui est le frère de notre ami René.»

Je ne répondis point, mais je pensai: «Quand on parle ainsi, c'est que déjà la crainte est née.»

Nous montâmes. Malgré tout, quelque chose nous serrait le cœur. Dans la chambre d'entrée, nous trouvâmes Philippe tout seul. C'était une bien pauvre maison: ils mettaient le bois à brûler dans l'antichambre: Philippe était assis sur le bois et tenait sa tête entre ses deux mains.

Eu nous voyant, il tendis ses bras vers nous et un sourire éclaira ses larmes.

«Il a sa connaissance, nous dit-il d'une voix qui me navra jusqu'au fond de l'âme. Vous n'arriverez pas trop tard.»

Je soutins, chancelant que j'étais, Annette qui s'affaissait à la renverse.

Philippe ajouta:

«Il est avec le prêtre.»

En même temps, il me présenta un papier qui contenait ces mots sans signature:

«Mademoiselle Annette Laïs était vouée aux Kervigné. Le président de Kervigné l'a inventée, René de Kervigné l'a promenée, Gérard de Kervigné l'a enlevée.»